Film « Son épouse »: le Subutex, pour qui, pour quoi ?

son-epouseA l’occasion de la sortie du film Son épouse, de Michel Spinosa, dans lequel Charlotte Gainsbourg incarne une héroïnomane soignée avec du Subutex, le Dr William Lowenstein nous explique l’intérêt de ce médicament pris par 110 000 personnes en France

Le Dr Lowenstein préside l’association SOS addictions, qui réunit une quarantaine d’experts. Elle vise à améliorer la prise en charge de la dépendance à l’alcool, au cannabis et à toutes les drogues. Il répond à nos questions.

A qui est destiné le Subutex ?

Le Subutex est destiné aux personnes dépendantes aux opiacés, principalement l’héroïne, qu’elle soit sniffée, injectée ou fumée. Historiquement, c’est le deuxième traitement de substitution aux opiacés (TSO) disponible en France. La méthadone a été autorisée en 1994, le Subutex en 1996.

Qu’est-ce que ce médicament a changé ?

Pendant longtemps, il y a eu un courant en addictologie qui refusait l’approche médicale. Mais le Sida, transmis par voie veineuse, a été un argument de poids pour obtenir l’autorisation du Subutex, sans compter qu’à l’époque, le nombre d’overdoses ne cessait d’augmenter. Le Subutex, qui réduit la sensation de manque, a permis de médicaliser l’approche de la dépendance aux opiacés. Il évite la torture de rechercher son produit par tous les moyens.

Beaucoup d’usagers d’héroïne ont pu sortir du chaos. L’amélioration sur le plan sanitaire et de la qualité de vie a été spectaculaire. En quelques années, on a vu baisser de manière très importante les overdoses. La transmission du sida a été divisée par 40 dans les grandes villes et on a réussi à stabiliser la transmission de l’hépatite. Aujourd’hui plus de 110 000 personnes prennent du Subutex, qui peut être prescrit en première intention par un médecin généraliste ; 50 000 personnes sont soignées avec de la méthadone.

Est-ce un traitement à vie ?

Au début, nous pensions que ce serait un traitement de substitution à vie. En réalité, il est possible de réduire la posologie initiale et même d’arrêter complètement après quelques années de traitement. Tout dépend des personnes.

Qu’en est-il du mésusage ?

Le Subutex peut, en effet, être injecté. Mais aujourd’hui, nous disposons du Suboxone, une forme beaucoup plus difficilement injectable. Certains patients, qui n’étaient pas satisfaits de leur traitement, revendaient leur Subutex pour s’acheter de l’héroïne. D’autres ont mis en place de véritable trafics. Mais cela concerne, en réalité, très peu de personnes. Les caisses d’Assurance-maladie ont été sollicitées pour repérer les médecins et les pharmaciens qui délivraient des volumes suspects. Cette intervention a été efficace.

Combien y a-t-il d’héroïnomanes aujourd’hui en France ?

Entre 250 000 et 280 000. Les nouveaux usages d’héroïne concernent beaucoup plus aujourd’hui des personnes en situation de précarité, pour qui il est malheureusement difficile de se rendre chez un médecin généraliste. D’où l’intérêt de projets comme les salles de consommation à moindre risque.

Auteur : Sylvie Dellus

www.santemagazine.fr

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