Maryline : « On peut se sortir même du pire… »

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Après m’être sortie de 30 ans d’addiction à l’alcool mêlés à plus 12 ans aux médicaments, à 58 ans j’aimerais apporter mon témoignage qu’on peut se sortir même du pire… (Maryline)

Maryline a contacté SOS Addictions en aout 2014 en nous proposant de partager son expérience de l’addiction. Depuis qu’elle tient ses addictions à distance, elle s’est fait une conviction : thérapie ne doit pas rimer avec traumatismes mais avec envie de vivre !
« J’ai assisté à des témoignages dans des associations ou autres, et les personnes témoignaient certes d’une abstinence, mais aucun respirait la joie de vivre, et dans ma tête, je me disais, si c’est ça la vie sans alcool, ça donne pas envie. J’ai lu des livres sur la dépendance, j’en ai commencé un il y a peu, et je n’arrive pas à le lire, car trop déprimant pour moi, je n’arrive pas à trouver du positif qui pourrait donner envie d’arrêter. Je n’y vois qu’un témoignage de souffrances alors que le plus important est justement de pouvoir positiver après les épreuves endurées. »

 

SOS Addictions : Quel est le premier souvenir que vous avez de l’alcool ? A quel âge évalueriez-vous votre premier usage ?

Marilyne : Mon premier “vrai” souvenir de l’alcool date de mes 14-15 ans, âge où j’ai commencé à utiliser ce produit comme désinhibiteur et surtout comme pansement à ma douleur.

Ma mère est partie de chez moi en me laissant seule avec mon père et mon frère (de 4 ans 1/2 mon ainé), je devais avoir dans les 5 ans, mon père est décédé 2 semaines avant mes 14 ans et j’ai passé mon enfance entourée de violences de toutes sortes (verbales et physiques) et de décès successifs, dans une famille où rien ne se disait (je n’ai même jamais su de quoi était mort mon père).

Après le décès de mon père, j’ai donc vécu chez ma tante (la sœur de mon père) avec mon frère, cette tante passant son temps à me répéter que ma mère était une putain et que mon père était mort pour nous élever.

C’est là que j’ai découvert que l’alcool pouvait m’aider à moins souffrir, mais aussi qu’il pouvait m’aider à être ce que je n’osai pas (par manque de confiance mais aussi parce que je ne savais exprimer ni ma douleur, ni mes besoins, ni mes ressentis …. normal vu que je n’avais personne pour m’écouter et me comprendre).

Vers l’âge de 15-16 ans j’ai donc commencé par aller m’étourdir dans les bars, puis dans les boites de nuit, ce qui m’a valu d’être traitée de putain comme ma mère par ma tante. C’était dans les années 70 donc j’étais plutôt précoce pour mon époque et ce fut le début d’une très longue aventure avec ce produit …. 30 ans !

Une aventure de 30 ans donc qui vous a « aidé à être ce que vous n’osiez pas ». Pouvez-vous nous donner un éclairage sur ce personnage dont vous rêviez ?

J’étais à mes débuts avec l’alcool une adolescente timide, complexée, incomprise et mal aimée (voir pas aimée du tout).

Alors l’alcool m’a d’abord aidée à aller vers les autres, parfois il m’aidait aussi à exprimer mon ressenti (même si je sais maintenant que c’était mal exprimé).

Il m’a aidé à faire le clown pour plaire, ou à essayer de plaire tout simplement …. Je sais maintenant que non seulement je n’en ai plus besoin pour faire de l’humour car c’est inné chez moi, mais je sais surtout que je n’ai jamais autant plu que depuis que je ne cherche plus à plaire et surtout depuis que je suis vraiment “moi-même”.

Quand je parle de plaire, je ne parle pas seulement de séduction, mais juste d’être appréciée pour ce que je suis.

Pendant ces 30 années j’ai cherché à être quelqu’un d’autre, tout ça pour avoir un peu d’affection, de reconnaissance, de tendresse etc …… tout ce que je n’avais jamais eu !!!
Pour trouver tout ça, j’ai côtoyé tous les milieux, des plus hauts aux plus bas et j’aurai pu tomber dans la drogue dure, la prostitution, même le banditisme, mais quelque chose en moi m’arrêtait chaque fois que j’étais limite de franchir la ligne.

Pour conclure, je dirai que je cherchais seulement à être aimée …. J’ai compris beaucoup plus tard et “enfin” que j’étais “aimable” !!!

Racontez-nous votre relation avec l’alcool. Parlez-nous de votre addiction : Aviez-vous une bouteille favorite ?

J’aimais surtout la bière et le pastis, sauf quand j’étais trop mal car là je buvais tout ce qui me tombait sous la main (je parle là du moment où j’ai vécu la dépendance physique).

Quelle sensation recherchiez-vous ?

Tout dépendait de la situation:
– quand j’étais angoissée je cherchais à calmer cette angoisse
– quand j’étais dans une fête, je cherchais l’euphorie et surtout le courage d’aller vers l’autre
– quand je vivais une grande souffrance, je cherchais à calmer cette douleur atroce

Au centre où j’ai fait ma dernière cure, on m’a souvent dit que si je n’avais pas eu l’alcool, je n’aurai pas survécu à toutes les souffrances et épreuves qui ont jalonné ma vie depuis mon enfance.

Combien vous fallait-il pour être bien ?

Là je ne saurai dire, car je supportais très bien l’alcool et suivant le contexte ou l’effet recherché, il m’en fallait vraiment beaucoup (sauf quand je faisais des mélanges). Je me souviens avoir couché mes potes plus d’une fois au cours de mes nombreuses bringues.
Par contre, quand j’ai connu la dépendance physique, le matin je m’arrêtais de trembler au bout de 2-3 verres.

Pour vous l’alcool n’a-t-il pas appelé à une autre addiction ?

J’avais déjà l’addiction au tabac, et grâce aux médecins qui m’ont prescrit ce que j’appellerai “une drogue légale” pour essayer de m’aider à être mieux, je suis devenue addict aux médicaments psychotropes.

Quels effets secondaires sur vous : votre comportement ? Votre lucidité à jeun ?

Le mélange alcool/psychotrope avait pour effet de me faire encore plus trembler le matin à jeun (certains médicaments ont pour effet secondaire le tremblement). Sinon je n’ai pas souvenir d’avoir eu de changement de comportement …. celui que j’avais était déjà suffisamment difficile à vivre.

Avez-vous perdu du potentiel physique, intellectuel ? L’avez-vous retrouvé depuis ?

Etant d’un tempérament robuste j’ai eu la chance de ne pas avoir, comme certains, de perte de potentiel physique. Mais je crois qu’il était temps que j’arrête car mon foie commençait à donner des signes de fatigue.

Comment et quand vous êtes-vous rendue compte de votre addiction ? Avez-vous eu une révélation ?

J’ai commencé à me rendre compte de mon addiction quand j’ai découvert la dépendance physique, celle oblige à boire dès le lever pour arrêter de trembler. Mais même en me sachant dépendante, je suis restée encore de longue années dans le déni, et j’ai fait ma 1ère cure 10 ans après.

Est-ce que votre entourage a eu une action positive contre votre addiction, pour vous ? Comment les autres sont intervenus ?

Ce sont les difficultés dans mon couple qui ont accentué ma consommation et c’est là que j’ai découvert ma dépendance. Mon ex n’a rien compris et a essayé de m’aider en me faisant enfermer dans des hôpitaux psychiatriques et en me jugeant.
J’ai réussi à m’en sortir sans entourage, cela faisait 8 ans que j’avais tout quitté quand j’ai enfin réussi à me libérer de mes addictions. Les rares fois où les “autres” sont intervenus, ça a été plus négatif qu’autre chose pour moi. J’ai quand même eu sur ma route des rencontres qui m’ont vraiment aidée car c’était des personnes dénuées de jugement.
Et je sais maintenant que si on veut réellement s’en sortir, il faut vraiment le faire pour “SOI”, non pour son entourage.

Vous souvenez-vous du jour où vous avez pris votre décision de tout arrêter ?

Je n’ai pas un souvenir précis de la date de ma décision, tout ce que je peux vous dire c’est que j’ai décidé de faire une 4ème cure en 2000 et cette cure se déroulant loin de chez moi, j’ai pris des risques énormes en y allant de nuit et alcoolisée, sachant que je prenais la route Napoléon et que dans ma tête ce qui était sûr, c’était que si j’arrivais là-bas en vie il fallait que j’aille jusqu’au bout ….. c’était ma dernière chance, enfin mourir ou “ENFIN VIVRE”.

Vous-êtes vous faite suivre de ce combat par un spécialiste ? Si Oui que vous a-t-il apporté ? Sinon, comment avez-vous fait ?

Lors de cette cure, j’ai réussi à me sevrer de l’alcool, mais le plus dur a été le sevrage des psychotropes. Après cette cure, le plus dur restait à faire : apprendre à vivre sans les produits et je savais que si je ne soignais pas ce qui m’avait conduite dans ces produits, je n’arriverai pas à vivre heureuse. J’ai eu la chance de rencontrer une psychologue avec qui ça a accroché de suite, et j’ai donc fait un très long travail avec elle (travail que j’ai payé de ma poche), ce chemin vers moi qui a duré plus de 5 ans a certes été très douloureux, mais passionnant et nécessaire pour comprendre et guérir mes blessures, et surtout me libérer des fardeaux qui ne m’appartenaient pas. J’ai en parallèle découvert et utilisé d’autres outils, tels que le yoga, la relaxation et j’ai donc puisé un peu partout des outils qui m’ont aidée ensuite dans les situations difficiles.

Qu’attendez-vous de SOS Addictions ?

Alors je n’attends rien pour moi, en dehors du fait que j’aimerai juste avoir la possibilité de témoigner de mes expériences, afin que mes épreuves ne servent pas qu’à moi, mais aussi aux personnes qui ne savent pas encore qu’on peut vivre sans produit et surtout qu’on peut vivre HEUREUX. Témoigner aussi du fait que l’addiction n’est pas une fatalité, mais qu’on peut s’en sortir et renaitre ou “naitre” à la vie, ce qui a été mon cas. Je considère que je suis née en 2000 et que je me construis seulement depuis cette date.

Dernière question, en 2014, SOS Addictions a fait du recul de l’age de la première prise une priorité dans sa lutte. A votre avis, comment peut-on empêcher les gens de glisser vers cette maladie ? Les aider à mettre le curseur entre plaisir et dépendance, excès occasionnels et habitude… ?

Je vais être franche, il m’est très dur de répondre à cette question car même si je sais ce qui m’aurait “peut-être” empêchée de glisser dans cette maladie, je pense que chaque cas est différent, qu’on a tous des raisons différentes, et que la façon d’en sortir est différente pour chacun. En ce qui me concerne, à 14 ans j’avais à vivre avec l’abandon d’une mère, le décès d’un père, une absence totale d’amour et de compréhension, des attouchements et viols dans mon adolescence, ….. et j’en passe.
Les campagnes de prévention sont utiles mais insuffisantes dans les cas de grosses souffrances, personnellement à l’époque je crois que personne n’aurait pu me convaincre de me passer de ce produit qui m’aidait vraiment à “survivre”.
Après je suis convaincue de l’utilité d’écoutes et de témoignages, et si je ne sais pas ce qui peut empêcher de glisser, mais je sais maintenant ce qui peut aider à en sortir et surtout (j’insiste) à vivre une abstinence heureuse.

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