Jannick : « le premier jour du reste de ma vie »

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Je me prénomme Jannick, prénom breton qui signifie « Petite Jeanne ». Je suis d’origine bretonne par ma mère et normande par mon père, mais je suis née en région parisienne. J’aurai 48 ans à la fin de l’année. J’ai vécu toute mon enfance et jusqu’à mes 31 ans dans une cité HLM à Vaires sur Marne (77). J’avais un petit frère, Yann, qui est décédé d’une cardiopathie congénitale à l’âge de 9 ans, j’en avais 12.

À partir de ce moment-là tout a changé… Une telle tragédie laisse forcément des traces…

J’ai toujours voulu être infirmière, une véritable vocation pour moi. Il faut dire qu’avec un père pompier « je suis tombée dedans lorsque j’étais petite ». Et bien évidemment je voulais travailler au Samu, aux urgences ou en réanimation. Ce besoin de me dire que je suis utile. Mais la vie en a décidé autrement et je suis secrétaire médicale. J’ai travaillé en clinique, dans un laboratoire d’analyses médicales, 10 ans en psychiatrie, en gynécologie et longtemps en cancérologie. Actuellement je suis dans un service d’addictologie.

En 2000, j’ai eu l’opportunité d’entrer en IFSI par le biais de la formation permanente. Je touchais enfin mon rêve du bout des doigts. J’ai été reçue 1ère au concours, j’étais fière de moi pour une fois. Malheureusement j’ai dû arrêter la formation car j’ai divorcé. Je ne pouvais pas tout gérer d’autant que le divorce s’est très mal passé. Je disais définitivement adieu au métier que j’avais toujours voulu exercer.

Je ne peux pas dire que je regrette car j’ai appris énormément de choses qui me servent aujourd’hui. Mais il me reste un peu d’amertume tout de même.

Je suis maman de 3 enfants et mamie de 3 petits enfants… la prunelle de mes yeux, la chair de ma chair. Après mon divorce j’ai vécu une relation qui a duré 9 ans mais qui m’a complètement détruite. Et juste avant mon accident, j’ai retrouvé par le biais de « copains d’avant » et Facebook, un copain de collège avec qui je suis désormais mariée. Je lui dois beaucoup car il a toujours été là pour moi. Il m’a apporté un soutien sans faille. Sans lui je pense que je ne serais plus là. Alors merci à lui. Il est « arrivé » dans ma vie au bon moment. Il n’y a pas de hasard dans la vie.

Je suis une passionnée de photo, je marche au feeling. J’aime beaucoup la musique country et je pratique la danse country.

 

SOS Addictions : Qu’est-ce qu’une neuroalgodystrophie ? Qu’est-ce que le Neurontin et la morphine apportent au patient quand il souffre de cette maladie ?

Jannick : La neuroalgodystrophie est une maladie neuropathique dont on ne connaît pas vraiment la cause. Elle est consécutive à un traumatisme ou une intervention sur la cheville, la main, et peut-être le genou mais à vérifier. On ne sait pas la guérir. On ne peut que la soulager.On sait qu’elle dure de 9 à 18 mois, voire 24 mois. On souffre énormément. Le Neurontin est prescrit comme antidouleur. Son autre indication est l’épilepsie. La morphine est également un puissant antalgique que l’on prescrit pour les fortes douleurs. Ces 2 produits induisent une accoutumance.

Encart d’information (Faculté de Médecine Pierre et Marie Curie)
http://www.chups.jussieu.fr/polys/orthopedie/polyortho/POLY.Chp.11.6.&Ext.15.html

C’est un syndrome douloureux vasomoteur et trophique régional complexe caractérisé par des anomalies neurovasculaires. Classiquement l’évolution se fait selon trois phases : aiguë ou pseudo-inflammatoire, dystrophique puis atrophique. Mais le plus souvent, ces phases se chevauchent. La clinique est caractérisée par :

  • Un œdème ferme.
  • Une douleur intense souvent anormalement exagérée par rapport à la pathologie initiale.
  • Des troubles vasomoteurs.
  • Une raideur articulaire.

Le diagnostic suspecté cliniquement peut être confirmé par des examens complémentaires :

  • La scintigraphie au méthyl-biphosphonate marqué au technécium 99m : l’hyperfixation osseuse est un signe sensible, habituel et durable, mais non spécifique.
  • Les radiographies comparatives montrent une hypertransparence osseuse locale puis régionale (après 3 à 4 semaines) avec déminéralisation sous-chondrale.
  • L’imagerie par résonnance magnétique : met en évidence l’œdème des tissus superficiels, périarticulaires, synoviaux, l’épanchement synovial transitoire, la plasmostase intramédullaire inconstante, et ultérieurement une zone épiphysaire déminéralisée.

Le traitement définitif et curatif n’existe pas actuellement. Il doit être surtout préventif avec une lutte contre l’algie péri-opératoire. Son but est de lutter contre la douleur, les anomalies vasomotrices, les rétractions capsulaires, synoviales, tendineuses, aponévrotiques. On a à notre disposition plusieurs types de médicaments plus ou moins efficaces : les antalgiques, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, la cortisone… La calcitonine a une place importante (en France).

Beaucoup d’autres molécules sont à l’essai actuellement (vitamine C, les biphosphonates…).

D’autres méthodes ont été proposées : blocs régionaux intaveineuses avec la guanéthidine ou la réserpine, la sympathectomie.

Ne pas oublier enfin les thérapeutiques physiques : décharge, repos au lit, marche avec pas simulés, physiothérapie, hydrokinésithérapie, massage et drainage de l’œdème…

Une prise en charge psychologique est parfois nécessaire chez les patients anxieux et dépressifs.

 

 

Racontez-nous votre maladie, à quel âge avez-vous été touchée, que vous est-il arrivé ? Comment aviez-vous été prise en charge ?

Le 27 décembre 2010, alors que je rentrais d’une journée de travail à l’hôpital j’ai malencontreusement glissé sur une plaque de verglas. Je n’ai rien vu venir et n’ai même pas pu me retenir. Je suis tombée sur le dos, ma tête a cogné par terre et je me suis fait mal à la main gauche lorsqu’elle a heurté le sol. J’ai eu très peur d’autant plus qu’étant sous anticoagulants, toute chute pouvait avoir des conséquences importantes.

Je suis rentrée chez moi. J’avais des douleurs dans le dos et la main. Le lendemain je suis allée consulter aux urgences. D’après le senior il n’y avait rien.

Il m’a arrêtée quelques jours et m’a prescrit des antalgiques. Je précise qu’étant également asthmatique, on est très limité pour les anti-douleurs.

Dans les jours qui ont suivi les douleurs de la main ne sont pas du tout calmées. Je suis allée consulter ma généraliste qui m’a prescrit de nouveau des radios. Et oh surprise ! Subluxation du pouce ! Elle m’a envoyée aussitôt aux urgences de l’hôpital privé de Trappes, spécialistes de la chirurgie de la main. On m’a alors prescrit une IRM.

J’ai donc passé cet examen qui a confirmé  la subluxation du pouce avec en plus une fissure du ligament.

Ayant déménagé entre temps je suis allée voir un chirurgien orthopédiste à la clinique La Francilienne à Pontault Combault (77) également spécialisée dans la chirurgie de la main. Il m’a proposé, du fait de mes antécédents médicaux, de commencer par un traitement médical, à savoir une infiltration écho guidée.

Dans les suites, malgré cette infiltration et l’attelle, les douleurs étaient toujours aussi importantes.

J’ai revu le chirurgien qui m’a dit qu’il y avait 2 solutions. Une intervention « légère » sans garantie de réussite mais qui du fait de mes antécédents était « préférable » ou une intervention consistant en une trapèzectomie et une Ligamentoplastie. Cette dernière n’est en principe réalisée que sur les personnes âgées et on n’a donc pas beaucoup de recul sur un grand nombre d’années. Je n’avais que 43 ans…

Quitte à passer au bloc, autant le faire pour quelque chose où j’aurais des résultats. J’ai donc choisi la 2ème solution et le chirurgien a été dans le même sens que moi. On a donc programmé cette intervention en mars sous anesthésie locale.

 

 

Jusqu’à présent vous cherchiez l’origine du mal, un diagnostic. Comment les médicaments vont entrer dans votre quotidien ?

L’intervention s’est bien déroulée. Les suites ont été simples. J’ai eu besoin d’une ou 2 injections de morphine durant l’hospitalisation. Je suis donc ressortie quelques jours plus tard. On m’a posé un plâtre par la suite, que j’ai dû porter un mois.

J’avais toujours des douleurs que je soulageais avec de l’ixprim puis de la lamaline car je ne me sentais pas bien sous ixprim.

Je ne m’inquiétais pas. Je pensais que ces douleurs étaient « normales » et qu’il fallait attendre un peu.

N’étant pas d’un naturel « douillet » je ne m’écoutais pas et me servais de ma main tant bien que mal.

Je précise qu’un formulaire m’expliquant les risques éventuels liés à cette intervention m’avait été remis pour info avant l’hospitalisation. Je l’avais parcouru. J’avais bien vu « neuro-algodystrophie » mais « ce n’était pas pour moi, ça n’allait pas m’arriver ».

J’ai revu plusieurs fois le chirurgien entre mars et début juillet 2011. Lorsque je lui ai dit que j’avais toujours mal 3 mois et demi après l’intervention, il était perplexe et m’a demandé de consulter un médecin algologue. Il connaissait une auriculotherapeute qui avait eu de bons résultats chez d’autres patients. J’y suis allée… Mais ça ne m’a pas soulagée, les douleurs étaient toujours là.

Il m’a proposé de voir un algologue à St Antoine. Impossible d’avoir un RV avant novembre…

En désespoir de cause j’ai contacté la cadre de mon service qui a réussi à m’avoir un rendez-vous une semaine après. J’ai donc été reçue toute confiante. Elle m’a manipulé la main, le pouce et le bras. Je m’entends encore lui dire en rigolant : « mais je n’ai pas d’algodystrophie, je n’ai pas les doigts humides, boursoufflés… ». Et là elle me répond « mais si c’est une algodystrophie ». J’étais sonnée.

Elle m’a expliqué que j’avais bien un syndrome « main, coude, épaule » et que quelque part, le fait de ne pas m’être écoutée, de m’être servie de ma main, avait peut-être évité ces autres symptômes.

C’est alors qu’elle m’a prescrit du Neurontin. C’est un anti épileptique qui est également prescrit pour les maladies neuropathiques dont fait partie l’algodystrophie.

J’ai donc alors commencé à prendre ce médicament. J’ai évité de lire la notice pour ne pas trop m’inquiéter… Et puis j’ai revu le médecin algologue qui m’a progressivement augmenté les doses…

 

 

Quel effet auront-ils ? Comment allez-vous glisser dans la dépendance ?

Les doses de Neurontin ont été augmentées pour soulager les douleurs. Et puis en octobre – novembre 2011 les douleurs n’étant pas calmées malgré le Neurontin, le généraliste m’a prescrit du Skenan et de l’acti-skenan en cas de grosses douleurs.

Effectivement ça m’a bien soulagée. Mais ça me faisait dormir beaucoup. De plus j’avais des sauts d’humeur. J’étais suivie par une psychologue du réseau main. Lorsque j’allais la voir je pleurais et lui disais que je voulais redevenir la « Jannick » que j’étais avant… Je me rendais bien compte que mon comportement n’était plus le même. Je n’étais plus « moi ».

Et si j’avais le malheur d’oublier un comprimé ou de Neurontin ou de Skenan, voire même de le prendre en retard, c’était l’horreur. Je devenais « méchante », j’avais l’impression de ne plus supporter mes bras, mes jambes, mon corps… J’avais des impatiences. On continuait à m’augmenter les doses de morphine car les douleurs étaient de plus en plus fortes. Et puis nous sommes partis en vacances en août 2012. J’avais tout pour être bien… mais d’un seul coup mon moral a décliné. Je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. Mon humeur oscillait au cours de la journée… Il a fallu que je me rende à l’évidence. Je devais consulter car j’étais en pleine dépression. On m’a mise sous antidépresseurs et anxiolytiques. Il a fallu du temps pour que je me sente un peu mieux.

Les moments de répits étaient environ 50 mn après la prise de morphine… J’avais la pêche et après j’avais envie de dormir. Mon mari et ma fille disaient de moi à cette époque qu’il y avait 2 Jannick : la vraie Jannick et « Jannicka Demonia » lorsque je « pétais les plombs »… A noter que juste avant de partir en vacances l’algologue avait tenté de me baisser un tout petit peu le Neurontin. Ce fut l’horreur. Je souffrais terriblement dans les jambes, les bras, je n’arrivais plus à marcher. On est donc revenu aux doses habituelles.

Le généraliste m’a passée du Skenan à l’oxynorm pour pouvoir commencer le sevrage.

En ce qui concerne mon entourage ça n’a pas été simple pour eux.

Lorsque j’ai fait ma dépression nous étions partis en vacances. J’étais tellement mal que j’étais plus un poids qu’autre chose pour eux. Mes changements d’humeur, mes larmes…

Ma fille alors âgée de 14 ans se comportait comme une « maman » avec moi. Elle essayait de me déculpabiliser, me prenait dans ses bras pour me réconforter. Notre rôle était inversé et j’avais beaucoup de mal à le supporter. C’était moi sa mère, moi qui devais la protéger, et non le contraire.

Mon mari a été très présent. Il me comprenait, me soutenait.

Ils m’ont été d’une aide précieuse et sans eux, je ne pense pas que je serais encore là aujourd’hui. C’est dur à dire mais c’est la vérité.

Et même si je sais que mes sauts d’humeur étaient durs à gérer ils ne m’en veulent pas… alors que moi oui, je m’en veux.

Ma mère qui habite en Bretagne et dont je suis très très proche, m’a entendu plusieurs fois pleurer au téléphone. Elle essayait de me « secouer » même si ça n’était pas forcément la bonne solution. Mais ça lui faisait mal de me savoir dans cet état. Alors c’était sa façon à elle de réagir.

 

J’imagine qu’à ce moment-là c’était le fond que vous touchiez ? Vous étiez dépendante, vous aviez besoin de ça pour étouffer votre douleur, et une nouvelle douleur s’était inscrite, celle de votre famille…  Comment avez-vous rebondi ?

Lorsque je suis rentrée de vacances avec ma famille, il était clair que ça ne pouvait pas continuer ainsi.

J’ai contacté l’algologue/auriculotherapeute que mon chirurgien m’avait envoyé voir quelques mois auparavant, avant la prise de médicaments. Il fallait à tout prix que je trouve une solution pour soulager mon mal être…

A noter qu’entre temps  j’avais du l’appeler pour un problème administratif en rapport avec la 1ère consultation et elle avait alors demandé de mes nouvelles. Lorsque je lui avais dit quel était mon traitement elle m’avait dit « j’espère qu’ils vont vous mettre sous antidépresseurs car sinon ça va être la catastrophe »… En raccrochant, je me suis effondrée en larmes…

Lorsqu’elle m’a reçue, elle m’a littéralement engueulée : « c’est inadmissible que vous preniez de telles doses de Neurontin et de morphine, c’est du n’importe quoi »… « Je vous préviens, ça va être très dur, vous allez en chier mais je vous donne 3 chances. Si vous les laissez passer je ne veux plus vous voir »… Lors d’un futur colloque auquel elle participait, elle voulait présenter mon cas… J’étais anéantie. J’ai pleuré toute la journée.

Ces doses m’avaient été prescrites par des médecins, je n’y étais pour rien alors pourquoi s’en prendre à moi ?

Elle m’a passée de 2800 mg à 1200 mg de Neurontin en une journée. J’ai cru mourir…

Mes muscles se tétanisaient. Elle m’avait dit de prendre des bains très chauds… et m’avait prescrit des compléments alimentaires.

Je me frappais mes bras et mes jambes tellement je souffrais. Mon mari était très inquiet.

Je me suis retrouvée « la tête dans les toilettes » pour vomir à 2 heures du matin en train de crier « au secours, je vais mourir »… Durant 2 nuits j’avais l’impression d’être gelée à l’intérieur de mon corps et d’avoir trop chaud a l’extérieur.

Et puis malgré tout j’ai tenu… pour arriver enfin à 0.

Je ne vous cache pas que je ne pense pas que j’aurais la force de le refaire…

Ensuite il restait la morphine… J’ai refusé de retourner la voir.

Mon généraliste était en colère lorsqu’il a appris ce qu’elle m’avait fait faire car c’était dangereux.

Il a donc pris le relais pour le sevrage de la morphine.

Je ne sortais plus, je n’avais goût à rien. Alors on a pris la décision d’adopter un chien à la SPA. Il fallait que je m’oblige à bouger. C’est ainsi que « Plume » est entrée dans notre vie. Il fallait la promener, je n’avais pas le choix. Elle m’a apporté beaucoup.

 

 

Plus de Neurontin donc et votre généraliste prend la suite pour votre sevrage à la morphine… Comment allez-vous gérer cette période ? Quels sont les effets ? Désirableset indésirables ?

Mon médecin traitant a donc pris le relais du sevrage à la morphine. Il a tenté de la diminuer en me baissant le nombre de prises. Mais je me suis retrouvée à 2 prises, avec donc un délai de 12 heures entre les 2 prises.

Je l’ai très mal toléré et je me rappelle l’avoir appelé  en pleurant tellement je souffrais du manque. Il m’a vue en urgence et a modifié le traitement. Cette modification passait par une légère augmentation de la dose pour pouvoir prendre des gélules à 5 mg et permettre des prises beaucoup moins espacées. Le soulagement est arrivé très vite. Mais je faisais un pas en arrière, moi qui voulais me sevrer… Mon médecin a été très à l’écoute et m’a bien expliqué la situation. Ce n’était pas un échec…

Et puis on a commencé à diminuer à nouveau de 5 mg par 5 mg à mon rythme afin que ça se passe le mieux possible.

Entre temps, en janvier 2013 j’ai dû reprendre mon travail à l’hôpital et ironie du sort on m’a proposé un poste en addictologie. Je ne voulais plus travailler en cancérologie. Je ne me sentais plus la force morale d’assumer mon poste comme je l’avais toujours fait, en m’investissant.

Dès le début, j’ai préféré jouer la carte de la franchise. Je leur ai dit que j’étais sous morphine et que j’étais en plein sevrage. C’était pour moi nécessaire. En effet il m’arrivait d’avoir des gros coups de « pompe » et c’était assez difficile. De plus je pouvais aussi avoir des coups de blues, j’étais beaucoup plus fragile, à fleur de peau. Il fallait qu’ils sachent pourquoi.

J’ai donc côtoyé des patients qui souffraient de la même chose que moi… malgré que ce ne soit pas dans les mêmes circonstances. Je connaissais ce dont ils parlaient… C’était à la fois bien, et à la fois dur… car je revivais les périodes très difficiles à travers eux. Mais le message que je pouvais leur faire passer c’était « qu’on peut y arriver ». Par contre je n’ai jamais dit à un patient que j’étais moi-même addicte.

J’ai donc continué mon sevrage à mon rythme et à chaque diminution, c’était un pas vers la victoire.

Septembre 2013 je passe à 2 x 5 mg… et alors que les précédentes baisses s’étaient relativement bien passées, celle-ci fut plus compliquée… J’ai dû m’arrêter quelques jours pour faire face. Je ne comprenais pas vraiment… Alors j’ai appelé Drogues Info Service. Et j’ai pu parler avec un conseiller qui m’a comprise, qui m’a rassurée. Le fait de pouvoir en parler et d’avoir des réponses à mes questions était essentiel.

J’allais « mieux » mais je souffrais toujours de problèmes de concentration. Je ne lisais plus car au bout de quelques pages je m’endormais… Je ne pouvais pas monter dans une voiture sans m’endormir quelques kilomètres plus loin… Donc impossible pour moi de conduire sur une grande distance. Je me rappelle avoir voulu me rendre à 70 km de la maison et être obligée de m’arrêter à 2 reprises car je m’endormais…

Avec mon entourage ça allait mieux même si je n’étais toujours pas la Jannick que j’avais été. Et ça pour moi c’était terrible. Ma mère m’a dit un jour au téléphone que ma plus jeune fille lui avait confié « vouloir retrouver sa maman d’avant, celle qui souriait, rigolait, blaguait »… C’est extrêmement dur d’entendre ça… Et bien sûr j’ai beaucoup pleuré…

Le seul effet bénéfique que j’avais c’était le gros coup de peps que la morphine me procurait 50 mn après la prise. J’avais la « pêche » et ça c’était génial. Mes angoisses, mon stress étaient occultés… Ça durait jusqu’à quelques heures, et puis un gros coup de pompe arrivait… pour laisser ensuite place à un état « normal » même si je ne l’étais pas.

Je n’étais donc plus qu’à 2 x 5 mg depuis septembre 2013… Or je n’arrivais pas à franchir le pas pour baisser à nouveau. Je savais que j’allais devoir affronter le manque et je ne m’en sentais pas capable… Mon médecin m’a dit de prendre mon temps, que ce n’était pas grave…

Et puis juin 2014 j’ai déménagé… trop loin pour continuer d’être suivie par mon généraliste.

J’ai dû en trouver une autre… Elle a été très compréhensive mais en même temps plus directive… Il fallait que j’envisage sérieusement le sevrage. Pour elle 2 x 5 mg ce n’était rien… sauf que pour moi si. Je crois qu’il faut être passé par là pour comprendre…

Mon moral n’était pas top. C’est dur de se réveiller le matin et de se dire qu’on n’a pas la pêche… qu’une dure journée morose s’annonce… sauf durant le laps de temps ou la morphine me booste. Je me rappelle un jour avoir dit : « mais je les aime bien les coups de Peps que la morphine me procure »…

Lorsque je regardais un film avec des répliques drôles, ça m’amusait mais je ne manifestais rien. Et si mon mari me questionnait, je répondais « je ris de l’intérieur »…

 

Et un électrochoc vous a secouée…

En février 2015, j’ai eu un jour une discussion avec mon mari en voiture… Il m’a dit : « je ne pourrai pas continuer encore des années comme ça avec toi »… Il me comprenait mais en même temps me faisait comprendre combien c’était dur pour lui, mais aussi pour le reste de ma famille, mes amis. Ce fut l’électrochoc !!! Il savait qu’en me disant cela, compte tenu de mon caractère, il allait me faire réagir. Sauf qu’il ne pensait pas que ça se ferait si vite…

Le lendemain je suis allée travailler. J’ai recherché une consultation avec un médecin addictologue près de chez moi. J’ai appelé « drogue info service ». On m’a parlé d’Oppelia à Château-Thierry… J’ai appelé, expliqué mon problème d’addiction et j’ai réussi à avoir un rendez-vous pour le samedi qui suivait. J’en ai parlé à mon mari et lui ai demandé de m’accompagner. Je ne voulais pas y aller seule.

Le moment du rendez-vous est arrivé. Je suis rentrée dans la salle d’attente et là ce fut dur… J’étais de l’autre côté de la barrière…

Une infirmière m’a reçue seule pendant un long moment… J’ai pleuré, beaucoup pleuré… Je lui ai dit qu’il était hors de question que je prenne un substitut tel que le SUBUTEX. Je quittais une drogue, ce n’était pas pour retomber dans une autre.

J’ai ensuite été vue par un médecin addictologue d’un certain âge en présence de mon mari. L’infirmière lui a fait part de mon refus du traitement de substitution… Il était septique. Le courant est vite passé et une confiance s’est installée. Avec beaucoup de patience il m’a expliqué, en m’évoquant des exemples de patients qu’il suivait ou avait suivi, que je pouvais me permettre de prendre une faible dose de SUBUTEX, que ce n’était pas grave en soi… Je suis ressortie avec ma prescription pour ce substitut.

Nous avions convenu que je commencerai le sevrage 8 jours plus tard. Le temps pour moi de m’organiser avec mon travail pour prendre des jours.

Et puis le lundi matin j’ai pris ma morphine comme d’habitude. J’ai appelé ma cadre pour lui expliquer. Et puis durant la journée je n’arrêtais pas d’y penser… C’était obsédant. Je ne me voyais pas continuer à ruminer de la sorte. J’étais pressée, il fallait que je le fasse non pas dans 8 jours mais tout de suite. Je me sentais prête. Finalement j’ai pu m’organiser.

Le soir mon alarme a sonné pour la prise de morphine… Là j’ai craqué et pleuré. C’était comme si je disais adieu à une copine…

La nuit qui a suivi a été dure… Mais ça je le savais, je m’y attendais… Sauf que je me suis dit : « ce n’est que le début, je ne vais jamais tenir jusqu’au bout »…

J’avais contacté l’addictologue qui m’avait dit que je ne pourrais prendre le SUBUTEX qu’à partir du mercredi matin… J’avais son numéro de portable et je lui envoyais des messages pour le tenir au courant.  Finalement la journée de mardi s’est « relativement bien passée »… J’ai pris des douches très chaudes dès que je sentais la tétanisation arriver. Je gérais plutôt bien.

Le mercredi matin j’ai envoyé un sms à l’addicto en lui demandant :  » et si je ne prends pas le SUBUTEX que va-t-il se passer ? » Ce à quoi il a répondu que j’allais souffrir encore plus… Alors j’ai pris le risque. Je me sentais assez forte pour tenir le coup.

J’ai eu rdv avec lui le jeudi midi. Je n’avais toujours pas pris le substitut. Il était épaté… et je lui ai dit que je n’en prendrai pas. J’avais quelques paresthésies dans la main qui avait été opérée et avait eu la neuro algodystrophie… Je lui en ai parlé. Il m’a dit de surveiller que les douleurs ne reviennent pas… j’ai flippé.

Le soir une amie est passée prendre de mes nouvelles. Elle discutait avec mon mari, un vrai moulin à paroles… Je n’avais qu’une envie, qu’elle parte pour que je me retrouve au calme. Et puis dès qu’elle est partie, j’ai fait une crise d’angoisse. J’ai envoyé un message a l’addicto en lui présentant mes excuses à 21h30 tellement j’étais mal. Il m’a rassurée.

Les jours ont passé… J’ai repris le travail le lundi suivant FIÈRE de moi, pour une fois. J’avais réussi !!!

J’étais tellement contente d’avoir franchi ce cap que j’en ai parlé à l’équipe. Tout le monde m’a félicitée, encouragée. Un des psychiatres m’a dit par contre « mais attention Jannick, ça risque d’être dur, attention aux effets à venir ». Cela m’a plus inquiétée qu’autre chose. J’ai préféré zapper. Et j’ai bien fait.

Le 5 mars 2015 est pour moi « le premier jour du reste de ma vie ».

 

Nous sommes aujourd’hui le 4 octobre 2015, à 7 mois du sevrage.

Je suis de nouveau « moi ». « Jannick » est revenue.

Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain mais progressivement.

Je ris à nouveau, je pique des fous rire, je blague et je crois même que je me prends encore moins au sérieux qu’avant. Récemment une copine avec qui je voyage le matin dans le train m’a dit « tu as 5 ans d’âge mental », ce à quoi j’ai répondu « et alors ? Je suis bien contente, je suis redevenue moi et ça, ça n’a pas de prix, je me suis tellement manquée ».

J’ai pu reprendre la lecture.

Je voyage sans m’endormir systématiquement et je conduis à nouveau. Cet été je suis même partie seule avec mes 2 filles et j’ai conduit plus de 500 km.

Je me suis réinscrite à un cours de danse country depuis début septembre.

 

Si j’ai voulu apporter mon témoignage, c’est parce que j’aimerais que ce que j’ai vécu « serve à quelque chose », qu’il apporte un message d’espoir aux personnes qui se retrouvent dans la même situation que moi.

Certes c’est dur, même très dur, mais on peut y arriver. Alors ne baissez pas les bras. Battez vous. Et même si vous passez par des périodes où vous stagnez ou êtes obligés de faire « machine arrière », ce n’est en aucun cas un échec. C’est juste que vous n’étiez pas tout à fait prêt…

 

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