Woman and shopping bagsLes cliniciens ont remarqué que certains comportements évoquaient celui des dépendants aux produits (alcool, tabac, drogues…). En effet, les mêmes éléments d’envahissement de la pensée, d’impulsivité, d’impossibilité de contrôle ou d’arrêt, malgré leurs conséquences négatives dans la vie quotidienne, ont été retrouvés dans les conduites vis-à-vis des achats, d’Internet, des jeux vidéo, des jeux d’agent et de hasard, et du sport.

Parmi les dépendances comportementales, les achats compulsifs sont l’un des troubles les plus fréquents. La définition retenue est celle d’un comportement d’achat inapproprié associé à un fort sentiment de plaisir et d’excitation, à l’origine de dépenses répétées, provoquant des conséquences négatives sur le plan personnel, familial et social. Cette forme particulière d’achats est sous-tendue par une envie irrépressible à l’origine d’achats impulsifs d’objets utiles ou inutiles, souvent en plusieurs exemplaires, peu ou pas utilisés, entassés puis laissés à l’abandon.

Les critères diagnostiques retenus sont la présence de pensées envahissantes et gênantes concernant les achats et d’un comportement d’achat inadapté ou d’impulsions d’achat correspondant à au moins une des propositions suivantes :

  • pensées envahissantes et gênantes concernant les achats ou impulsions d’achats vécues comme irrépressibles, intrusives et dépourvues de sens
  • achats fréquents supérieurs aux capacités financières, achats fréquents d’objets inutiles, ou durée du comportement plus longue que prévu
  • les pensées, les impulsions ou le comportement provoquent une gêne marquée, font perdre du temps ou perturbent sensiblement le fonctionnement social ou les loisirs ou encore entraînent des difficultés financières (dettes, interdits bancaires)

La prévalence du trouble en population générale varie en fonction des pays et est estimé autour de 5% en France. On retrouve les achats compulsifs principalement chez les femmes (80 à 95 % des acheteurs compulsifs selon les études), le plus souvent mariées, vivant dans les pays à fort développement économique. L’âge moyen de début de la maladie se situe entre 17 et 30 ans selon les travaux.

Cliniquement, les acheteurs particuliers rapportent une sensation d’euphorie et d’excitation au moment de l’achat. Ce comportement chargé de plaisir, sous-tendu par une envie irrépressible d’achats d’objets ne laisse pas de place à la frustration. L’envie ne peut être différée : le désir doit être immédiatement satisfait, afin de permettre un sentiment de soulagement de courte durée. Il apparaît im possible pour ces acheteurs d’imaginer ne pas être en mesure de pouvoir profiter d’une occasion immanquable de réaliser ces achats. Ces sujets peuvent alors décrire un équivalent de syndrome de sevrage comprenant une irritabilité, une anxiété et un sentiment de nervosité. Ces acheteurs particuliers utilisent le plus souvent la carte bleue, mode de paiement facile, immatériel et déculpabilisant. Les achats se portent essentiellement vers une consommation du paraître : vêtements et chaussures sont les principales sources de dépenses. Il convient de préciser que c’est plus l’action ou la situation d’achat qui produit ce plaisir que la valeur de l’objet acheté : l’objet acquis est moins chargé d’intérêt que la situation d’achat. Ces acheteurs ne recherchent pas forcément les meilleures offres, les soldes. Les objets achetés sont rarement utilisés, ne présentent plus d’intérêt une fois achetés et sont souvent entassés dans une cave ou au grenier.

Les achats compulsifs sont caractérisés par leur accomplissement solitaire et sont répétés au point d’entraîner d’importantes conséquences négatives, incluant des pertes financières à l’origine d’endettements, de vols ou d’escroqueries. Ces achats sont à l’origine de conséquences psychiatriques comme un syndrome dépressif, de nombreux conflits familiaux liés notamment à l’endettement et de difficultés professionnelles comme le licenciement liées à l’absentéisme répété.

Dr Aymeric PETIT (Psychiatre/Psychothérapeute/Addictologue)