Coup de coeur pour « Moi », le dernier livre du Dr Philippe Presles

Coup de coeur pour « Moi », le dernier livre du Dr Philippe Presles

Moi : apprendre à vivre avec son meilleur ami et son pire ennemi. Arrêtez de lutter contre vous-même.

 

Nous vivons tous les jours avec notre Moi. Il est notre voix intérieure, notre regard sur le monde, notre histoire où se mêlent nos peurs, nos souffrances, nos joies et nos espoirs. Pourtant, nous ne savons pas grand-chose de ce monde intime qui nous caractérise et qui agit en arrière-plan de notre quoti- dien. Parfois pour le meilleur, mais aussi pour le pire.

Le Dr Philippe Presles s’appuie sur la psychologie du développement, les neurosciences et de nombreux exemples, notamment personnels, pour nous guider dans la découverte des potentiels insoupçonnés de notre monde intérieur. Et enrichir ainsi notre vie.

Faire de notre Moi un ami, plutôt qu’un ennemi, devient un talent essentiel pour vivre dans l’harmonie.

Philippe Presles, médecin, psychothérapeute, est l’auteur entre autres de Tout ce qui n’intéressait pas Freud (Robert Laffont).

 


 

Présentation détaillée du livre

Introduction

Un jour, je me suis gravement électrocuté. J’étais en train de bricoler quand je me suis retrouvé avec un fil dans chaque main. La décharge, foudroyante, m’a traversé la poitrine et je suis resté paralysé, incapable de crier à l’aide ou d’arracher ces fils qui me brûlaient les doigts. Mais mon cerveau fonctionnait toujours et j’ai compris, saisi d’épouvante, que j’étais en train de mourir. Cela m’a paru interminable et atroce… Soudain, tout est devenu étrangement calme en moi et j’ai entendu une voix me dire avec douceur : « Tes jambes marchent encore… » Comme dans un rêve, je me suis alors dirigé vers la pièce d’à côté et les fils électriques, trop courts pour me suivre, se sont enfin extirpés de mes chairs. Je me suis écroulé sur un canapé en bénissant cette mystérieuse voix. C’était la première fois que je percevais l’immense potentiel de mon monde intérieur, et cela a changé mon existence. Alors étudiant en médecine, je me suis engagé dans une quête passionnante pour tenter de comprendre ce qui se passe en nous, notre conscience et les autres processus. Cette quête, je l’ai poursuivie toute ma vie, jusqu’à devenir moi-même psychothérapeute.

Philippe Presles, médecin, psychothérapeute,

 

I. Accéder à la conscience avec son Moi

1. Naître à la vie, à la culture et à la conscience

Le jour de sa naissance, l’enfant humain reçoit un ou plusieurs prénoms, le nom de son père ou de sa mère, ou les deux. Sa famille, les amis de sa famille, lui racontent l’histoire de sa filiation, fils ou fille de, neveu ou nièce de, cousin ou cousine de, petit-fils ou petite-fille de, etc. Les gens qui lui parlent s’expriment dans la langue de son peuple. Les gens qui le bénissent le font au nom de leur Dieu ou de leurs dieux. Cette double naissance au monde biologique des animaux et au monde culturel des humains caractérise notre espèce. Chacun est doté d’un Moi qu’il va personnaliser à travers une apparence, une identité et une histoire, en partie selon les exigences de son entourage.
Mais il est une chose que l’enfant apprendra seul, entre 5 et 7 ans, et ce jour-là, il y aura un avant et un après. Il projettera son Moi dans le futur et comprendra qu’il est mortel. Cette découverte bouleversera sa vie comme elle a chamboulé celle de tous les humains avant lui, depuis qu’ils ont accédé à la conscience.

2. Vivre au présent absolu comme un animal

Si nous arrivons à nous projeter dans l’avenir et dans l’espace, nous perdons beaucoup de nos capacités dès qu’il s’agit d’être complètement attentifs au présent. À l’inverse, les singes deviennent avec l’âge des champions du présent absolu. Cette différence entre le monde animal et du petit enfant d’un côté, et le monde du grand enfant et des adultes humains de l’autre est essentielle. Chez les animaux et les jeunes enfants, la mémoire instantanée n’est pas bridée et leur capacité d’attention reste globale.
Cela s’observe très bien dans l’expérimentation de Tetsuro Matsuzawa, quand il demandait à ses chimpanzés de retrouver, dans l’ordre, 9 chiffres qui avaient été disposés de manière aléatoire sur un damier, puis rapidement grisés. Son meilleur élève, Ayumu, regardait à peine l’écran, le temps d’une « photo » – et il reproduisait chaque fois la série à toute vitesse. Chez les humains, l’expérience était très laborieuse et toujours ratée. Le plus étrange est de constater qu’en faisant le même test qu’eux, nous avons l’impression de manquer de temps. Pourquoi n’essayeriez-vous pas vous-même sur YouTube ?
https ://www.youtube.com/watch?v=DqoImw2ZWmI

3. Accéder au Moi grâce à la pensée magique

Comme l’animal, le petit enfant vit au présent absolu. C’est pour cela qu’il est toujours content de croiser un père Noël : il ne se souvient pas en avoir croisé d’autres dix minutes avant !
Puis il mettra plusieurs années pour élaborer son Moi, tel une construction psychique lui permettant d’accéder à la conscience, entre 5 et 7 ans. C’est en projetant son Moi dans le passé qu’il élaborera des souvenirs (qui apparaissent en général autour de 4-5 ans). C’est en le projetant dans le futur qu’il pourra construire des projets (et découvrir sa finitude). C’est en le projetant dans l’esprit des autres qu’il deviendra capable de les faire rire, de leur mentir, de choisir entre une bonne et une moins bonne action, mais aussi de travailler son apparence et d’avoir honte de sa nudité.
Ce saut de la conscience, les enfants le réaliseront en partie grâce à leur pensée magique, qui apparaît à partir de 3 ans. C’est ainsi que les enfants parlent avec leurs nounours, ou deviennent le pilote de l’hélicoptère qu’ils promènent dans la maison. Leurs jouets deviennent des avatars des autres et d’eux-mêmes, leur Moi, qu’ils construisent progressivement de la sorte.

4. L’avènement d’un Moi autonome

Une fois qu’il a fait son saut de la conscience, l’enfant n’a plus besoin du jeu et de la pensée magique pour arriver à le faire vivre en lui son Moi qui gagne en autonomie et en permanence. Le dialogue intérieur s’installe et son monde intérieur s’enrichit.

5. L’immensité de notre monde intérieur

C’est dans notre monde intérieur, habité par notre Moi, que nous concevons tous nos projets et nos visions fictionnelles, comme nos inventions, nos recettes de cuisine, nos tissus et nos vêtements, le décor de nos lieux de vie, nos maisons et nos villes, nos vacances, nos romans et nos séries, nos révolutions, nos musiques et nos tableaux les plus fous, etc. La liste est longue. Finalement, se promener dans New York, Paris ou Shanghai, visiter des musées, suivre les rayonnages de bibliothèques, etc., c’est se plonger dans un monde intérieur collectif, immense, que les humains enrichissent depuis la nuit des temps et que chacun alimente à sa façon. C’est une production psychique individuelle et collective prodigieuse.
La vie des hommes est potentiellement passionnante, et c’est un terrible gâchis qu’elle puisse n’être réduite qu’à des horreurs ou des souffrances pour un trop grand nombre d’entre nous. D’où l’importance de faire de notre Moi notre meilleur ami, plutôt que notre pire ennemi.

 

II. Moi, mon meilleur ami

6. Nous ne savons pas ce qui nous rend heureux

Kant ne considérait pas le bonheur comme le fruit de notre raison, même si nous y réfléchissons tous, mais plutôt comme un idéal de l’imagination. C’est vrai qu’avec notre conscience le bonheur devient une interprétation, c’est-à-dire une reconstruction à partir du plaisir, un ressenti. Le bonheur est ainsi une représentation de la réalité par notre conscience réflexive qui la transforme en un vécu plus ou moins bon.
Cela signifie que nous avons souvent besoin de critères pour savoir ce qui est bon pour nous, car ce n’est pas inné. Nous les trouvons dans notre culture, dans les exemples de notre vie de famille, dans notre histoire avec les expériences qui nous ont marqués. Comment savoir en effet, qu’il est bon de porter un jean serré, de manger des huitres crues ou d’avoir une famille de 3 enfants, etc. ?
Cependant, la relative fragilité identitaire de notre Moi nous fait souvent douter et perturbe notre façon d’être heureux. Quel paradoxe : notre aptitude au bonheur est potentiellement immense et pourtant y accéder reste une question compliquée ! La question de l’enrichissement de notre Moi est essentielle pour nous.

7. Enrichir son Moi

Notre conscience, notre Moi, ne dispose que d’un très petit espace de travail, l’équivalent de 5 à 7 mots. C’est ainsi que lorsque nous parlons, nous ne connaissons pas la fin de nos phrases… Mais qui les termine ? Notre inconscient cognitif, notre Soi, qui rassemble toutes les structures cérébrales à notre service, en sous-jacent de tous nos actes. C’est lui qui termine nos phrases, pédale, marche, conduit, agit, pendant que nous pensons, décidons, etc.… En quelque sorte, nous disposons d’une conscience assistée par un inconscient cognitif sans arrêt amélioré par les feed-back qu’il reçoit d’elle : c’est notre binôme Soi-Moi.
Nous passons notre vie à enrichir les capacités de notre Soi, lors de tous nos apprentissages. Tous les choix de notre Moi participent ainsi à la construction de notre identité, surtout quand ils sont constants, par exemple le choix de répéter de manière assidue nos morceaux de piano, de peindre ou d’écrire tous les jours, de nous entraîner à la course ou de nous investir dans nos projets, etc. Ce sont également ces choix, piliers de notre binôme Soi-Moi, qui donnent le plus de sens à notre vie et qui charpentent le plus notre identité et forgent les personnalités les plus solides.

8. Faire le choix du bonheur

Dans la perspective d’embellir au maximum les moments de notre vécu, la psychologie positive nous propose trois approches qui sont très cohérentes et ont fait l’objet d’études :

  • La première est de multiplier les bons moments, notamment avec les autres.- La première est de multiplier les bons moments, notamment avec les autres.
  • La seconde est de se remémorer régulièrement et d’amplifier le vécu des bons moments, car nous avons une tendance à ne mémoriser que les mauvais.
  • La troisième est d’augmenter son attention au présent, aux détails, car rien n’est vraiment pareil. Percevoir les microdifférences est l’aptitude des grands jouisseurs de la vie, car ils ne se lassent jamais.

9. Qu’est-ce que le bonheur le plus profond ?

Le summum du bonheur survient lorsque notre binôme Soi-Moi est investi dans une action qui mobilise notre attention, notre volonté et notre énergie dans l’accomplissement de nos buts. D’où la notion de flow retenue par Csikszentmilhalyi.
Grâce à sa méthode de l’échantillonnage de l’expérience vécue, Csikszentmihalyi et son équipe ont pu analyser toutes sortes de situations (dans notre vie privée comme au travail). Il est très intéressant de constater que ce n’est pas la motivation qui présage le plus d’un moment de bonheur optimal, mais la concentration qui l’accompagne. Et plus nous sommes absorbés dans nos actions, quelles qu’elles soient, plus nous pouvons augmenter notre dose de bonheur quotidien !

10. Situations extrêmes et inconscient cognitif

J’ai expliqué en introduction que j’avais été sauvé, lors de mon électrocution, par ma voie intérieure qui me disait dans un grand silence et un grand calme : « Tes jambes marchent encore… »
Le vécu de ce type de situation extrême n’est pas rare et j’en rapporte beaucoup de témoignages issus de mon livre « Tout ce qui n’intéressait pas Freud ». Par exemple, celui d’une gamine de 7 ans saisie de panique, car elle est en train de se noyer en mer, ne sachant plus où est la surface ! Elle entend alors une voix très calme lui dire de se laisser couler pour toucher le fond, puis de pousser pour rejoindre la surface… Cette fillette aurait-elle été sauvée si elle n’avait pas fait son saut de la conscience ?
Je rapporte ainsi des témoignages d’accidents de la route, de vétérans, de grands sportifs, etc. Ces exemples partagent plusieurs caractéristiques comme le profond calme, le vécu irréel au ralenti alors que tout va très vite, l’absence de peur, d’anxiété ou de toute émotion, et cette voix qui indique l’action qui sauve ou bien rassure.
À l’instar de ceux qui vivent les épisodes de flow décrits par Csikszentmihialyi, ceux qui rapportent ces situations extrêmes ont systématiquement une notion du temps altérée, une absence d’angoisse, ainsi qu’une disparition de la préoccupation d’eux-mêmes. Le Moi serait alors mis au second plan dans notre binôme Soi-Moi et le Soi serait pleinement aux commandes.

11. Le binôme Soi-Moi, le temps et les émotions

Ce serait avec notre Moi, notre conscience réflexive, que notre vécu du temps et notre vécu des émotions apparaîtraient, puisque ces deux formes de vécus disparaissent dans les situations extrêmes ou optimales, quand le Soi est pleinement aux commandes. Est-ce à dire que les animaux et les petits enfants ne ressentiraient ni le temps qui passe ni leurs émotions ? C’est effectivement le cas.

  • Pour le vécu du temps, une récente étude confirme que l’usage des unités temporelles ne s’acquiert pas avant 6 à 8 ans.
  • Pour le vécu du temps, une récente étude confirme que l’usage des unités temporelles ne s’acquiert pas avant 6 à 8 ans.- Pour celui des émotions, nous allons nous appuyer sur des exemples.

En pratique, quand l’animal se retrouve dans une situation constituant un stimulus émotionnel, cela déclenche une action immédiate qu’il ne peut pas contrôler, comme d’attaquer, de fuir, ou de se débattre. Par exemple si votre chat se fourre dans un sac plastique et se fait coincer, il se débat comme un diable.
Avec notre conscience, notre perception d’un stimulus émotionnel est enrichie de ressentis, fruits de notre interprétation, que nous percevons quasi simultanément. Nous devenons alors capables d’analyser la situation pour adopter toute une variété de comportements. Par exemple si trois personnes sont bloquées entre deux étages dans un ascenseur, leur premier réflexe est de vouloir fuir. Puis plusieurs réactions différentes pourront s’observer : panique et gémissements pour la première, calme et recherche d’une solution pour la deuxième et colère contre le syndic pour la troisième… Comme d’habitude avec notre Moi, tout est interprété : remémoré, ressenti, etc.

12. Une vie pleine de sens

Afin d’être plus heureux, Martin Seligman nous propose de rechercher :

  • une vie engagée (pleine d’expériences optimales selon la logique de flow de Csikszentmilhalyi),
  • une vie engagée (pleine d’expériences optimales selon la logique de flow de Csikszentmilhalyi),
  • une vie plaisante (pleine d’émotions bénéfiques, grâce au développement de nos aptitudes positives),
  • et une vie pleine de sens.

Nous confondons souvent motivations et valeurs. Pourtant, quand nous perdons nos valeurs, nous ne savons plus qui nous sommes, tandis que nous pouvons changer de motivation sans conséquence. Nos valeurs sont profondément liées à notre identité et nous caractérisent. Nos valeurs correspondent à des projections de notre Moi qui nous poussent à nous engager dans des actions qui nous absorbent et enrichissent notre binôme Soi-Moi.

 

III. Moi, mon pire ennemi

13. Nous confondons souvent souffrances et douleurs

Tout comme le bonheur correspond à un vécu interprété comme heureux par notre Moi, la souffrance correspond à un vécu interprété comme malheureux, et ce en pouvant s’éloigner de la réalité. En ce sens, la souffrance serait une façon spécifique à l’humanité de vivre douleurs, malheurs et déconvenues.
Pionnier sur le sujet, le psychiatre et hypnothérapeute Milton Erickson explique que : « la douleur immédiate est augmentée des douleurs du passé et rehaussée par les futures possibilités de douleur ». Ainsi notre vécu conscient de la douleur peut-il être complètement modulé par notre Moi, celui-ci ajoutant des éléments du passé et du futur, ainsi qu’une interprétation du présent.

14. Le piège de la peur de la mort

Nous avons déjà croisé la peur de la mort en décrivant le saut de la conscience. Nous faisons tout pour l’oublier et elle constitue de fait le premier piège tendu par notre Moi, notre évitement originel. Nos traditions, nos religions, nos philosophies nous aident en nous apportant une croyance dans l’au-delà, une explication du monde, ou au moins un ordre dans lequel nous avons une place.

15. Le piège de la fusion avec nos pensées

Le piège, c’est que nos pensées peuvent associer des événements entre eux ou les transformer. Par exemple, une personne souffrant d’un trouble obsessionnel compulsif (ou TOC), ayant peur d’être contaminée par tout microbe, reçoit une lettre pour une future hospitalisation. Les microbes les plus dangereux étant à l’hôpital, elle se lave les mains après avoir lu cette lettre. Puis par généralisation, elle se lavera les mains après tout contact avec du papier, quel qu’il soit. Papier, hôpital, microbes ont été mis en relation par des pensées, indépendamment de tout vécu objectif. Ce fonctionnement concerne toutes les pensées, ce qui peut entraîner des peurs en cascade. Ainsi, après avoir été coincés dans un ascenseur, nous pouvons avoir peur de tous lieux clos et devenir claustrophobes.

16. Le piège des ressentis émotionnels pénibles

Les ressentis émotionnels colorent toute notre vie. Imaginons Roméo et Juliette sans sentiments… C’est ce que vivent les singes et les chats quand ils sont en rut : ils ne peuvent pas y échapper, malgré les coups et les blessures qu’ils risquent. Nous, nous tombons amoureux, notre cœur chavire, nous parlons, sortons, batifolons, et nous osons un baiser… Les ressentis émotionnels enrichissent notre vie et la rendent passionnante. Tout peut nous faire vibrer. Nous pouvons souffrir aussi…

17. Le cycle de la souffrance de notre Moi

Toute l’énergie que nous mettons à éviter la peur de la mort, nos associations de pensées dysfonctionnelles, nos ressentis émotionnels pénibles, nous manque pour vivre la vie que nous voulons vraiment vivre. C’est le cycle de la souffrance de notre Moi. Le plus grand des pièges psychiques reste le rétrécissement de notre vie, quand nos peurs font de nous des prisonniers de nous-mêmes. D’où l’importance des psychothérapies dans certains cas.

18. Soulager nos souffrances psychiques

En 1896 Freud publia un texte majeur sur L’hérédité et l’étiologie des névroses. En affirmant que les causes des maladies psychiques n’étaient pas organiques, Freud ouvrit le champ de toute la psychologie moderne. Ce fut une révolution qui fit de la psychologie un champ de recherche scientifique majeur. Nous oublions trop souvent que nous devons cette immense ouverture à Freud, qui œuvra en opposition avec la très grande majorité de ses confrères de l’époque.
Depuis, la psychologie clinique s’est énormément développée, jusqu’à l’avènement des thérapies scientifiquement démontrées, comme les thérapies comportementales et cognitives (TCC). La psychologie scientifique est sur la bonne voie et que nous sommes enfin parvenus à faire reculer la souffrance psychique. Néanmoins, nous sommes encore nombreux à souffrir.

19. Le calvaire des maladies psychosomatiques

L’histoire des malades reste souvent terrible et ressemble à un parcours du combattant. Les diagnostics tardent à être posés et l’errance thérapeutique dure plusieurs années. Par exemple il faut en moyenne 7 années pour qu’un diagnostic d’épilepsie d’origine psychosomatique soit posé. Les maladies psychosomatiques soulèvent ainsi de graves insuffisances de notre système de soins.
Une fois que le diagnostic d’une maladie psychosomatique est bien établi et que l’annonce en a été faite au patient, il convient de lui proposer une prise en charge adaptée. Sur ce plan, les premiers travaux de Freud, Breuer et Janet restent appréciables. Le psychiatre ou le psychothérapeute qui aura pris le relais aura pour objectif de rechercher le contexte du premier épisode vécu par le patient, de manière à mettre au jour une circonstance fortement émotionnelle ou un véritable traumatisme.

20. De nouvelles thérapies du Moi

Ces cas soulèvent une autre question : pourquoi certains d’entre nous ont-ils développé de telles souffrances psychologiques après un épisode difficile de leur vie, alors que d’autres arriveront à tourner la page ? Ce constat essentiel a amené de nombreux thérapeutes à s’interroger pour proposer des approches a priori contre-intuitives : et si le responsable de nos troubles n’était pas le problème, mais les solutions que nous avons retenues ?
Steven Hayes, Kirk Strosahl et Kelly Wilson sont encore allés plus loin dans les années 2000, en considérant que le patient gagnait à accepter pleinement ses problèmes sans nécessairement leur chercher de solutions. C’est ainsi que la thérapie de l’acceptation et de l’engagement (ou thérapie ACT) suggère non seulement de ne pas lutter contre nos symptômes, mais de les accepter pleinement et de nous investir vraiment dans ce qui nous plaît. Nous développons ainsi notre flexibilité psychologique et nous renforçons notre Moi.

21. Et quand la douleur est trop forte ?

Les victimes de grands traumatismes peuvent souffrir de dissociation, ce qui peut se traduire par des reviviscences, des flashbacks terribles à vivre, etc. Naturellement, les victimes organisent leur vie pour les éviter, ce qui peut leur interdire de vivre une vie normale. Elles sont ainsi coincées dans le passé et pas pleinement dans le présent.
Les TCC et l’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing ou désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires) sont aujourd’hui les thérapies de choix de ces troubles. Ce sont aussi des thérapies de la conscience, du Moi.

22. Monstrueux et formidables à la fois ?

Est-ce que vous faites partie de ceux qui pensent que la conscience est le summum de la vie sur Terre ? La réponse paraît évidente et pourtant, il est à la portée de tout être humain, même du plus abruti ou du plus odieux, de fabriquer des êtres conscients. Autrement dit la conscience ne représente que le minimum de l’humanité, car même les pires sanguinaires et les pires despotes en sont dotés. Le summum de l’humain n’est pas la seule conscience, mais bien la richesse de ses mondes intérieurs. Méfions-nous de tout sentiment de supériorité.
Heureusement, il existe des gens formidables…

 


Conclusion : La création d’un Nouveau Monde

  • Il y a environ 13,5 milliards d’années, la matière et l’énergie résultaient du big bang pour constituer l’univers minéral des astres et des planètes.
  • Il y a environ 13,5 milliards d’années, la matière et l’énergie résultaient du big bang pour constituer l’univers minéral des astres et des planètes.
  • Une dizaine de milliards d’années plus tard, la matière et l’énergie étaient transformées en mémoire et mouvement – caractéristiques du monde biologique – par LUCA, last universal common ancestor, la première cellule vivante sur Terre.
  • Il y a 2 millions d’années, les humains inventèrent leurs mondes intérieurs et ensemble contribuèrent à produire une incroyable variété de cultures…

… Et une grande variété de bonheurs. Chaque minute de bonheur est une chance immense, voire une parenthèse dans l’histoire du monde. Tout comme nous avec notre Moi… Chaque vie humaine est ainsi un exploit.

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