DIGITAL INTOX ou ADDICTION AU 24/7

neuromediateursL’Homo sapiens des temps postmodernes est plongé dans la nébuleuse paradoxale consumériste. Il est à la fois consommation et consumation.

Sa quotidienneté évolue dans cet océan digital dont le niveau ne cesse de l’engloutir dans un existentiel alourdi  devenu pathogène.

Il se déleste avec une vélocité frénétique et dramatique de son intériorité secrète, unique, vibrionnante et vitale. Il est soumis à une uniformité extérieure et intérieure, à la fois superficielle et profonde concoctée par le «  capitalisme de l’attention » insidieux et tentaculaire.

Nos vies sont sculptées au burin digital par les mêmes architectes transfrontaliers, globaux, mondiaux voire bientôt interplanétaires qui ne cessent d’œuvrer pour rendre le temps du cerveau humain plus disponible à toute forme de consommation. L’Homme est l’animal du « toujours plus » et du jamais ça me suffit. Le  Googleplex californien concocte dans le secret des dieux l’évangile du futur, que nous lisons déjà  aujourd’hui : http://www.wedemain.fr/Je-reviens-de-la-Singularity-University-la-fabrique-du-futur_a1064.html,

Toute cette organisation sociétale digitale  planétaire se répand au-dessus de nos cerveaux bientôt clonés, pilotés, maitrisés, domestiqués et devenus tellement dociles. Le e-Homo sapiens consacre en moyenne 3H25/J de son temps quotidien  devant un écran qui le fait surfer sur les vagues de la consommation optimale, le conduisant vers une véritable dépendance temporelle, différente de la cyber-dépendance.

Les nouvelles techniques de communication et d’information s’immiscent insidieusement dans la totalité des sphères de notre quotidienneté en re-définissant à la fois la notion d’espace et de temps. http://www.columbia.edu/cu/arthistory/faculty/Crary.html. L’OPA sur notre quotidien est enclenchée et organisée par le Big Brother GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple). 1984 s’installe avec la vélocité d’un nanotemps dirait Paul Virilio, « le philosophe de l a vitesse ».

Le temps digital est extensif, notre dépendance numérique devient chronophage aux dépends de notre patrimoine émotionnel, affectif et naturel. Il génère une homogénéisation  des comportements consuméristes pluriels, guidée  par une soumission digitale Houellebecquisée phagocytante et consentie. L’ambivalence humaine doit s’approprier un équilibre supportable entre tradition et high tech pour ne pas nous diriger vers l’abîme de l’insoutenable.

L’interactivité humaine initialement promise n’est pas au rendez-vous. La non-connection  décisionnelle verticale monolithique à  la réflexion innovante  horizontale demeure. Le futur sera une étape Darwinienne de notre survie, et nous y sommes déjà.  Mais « Il faut se donner les moyens de se poser en artisans d’un avenir choisi et non en victimes d’un futur subi » écrivait Hugues de Jouvenel dans les colonnes de la revue : Futuribles, contraction de « Futurs possibles ».

 

Patrick Moureaux

 

Bibliographie :

  1. De la légèreté, Gilles Lipovetsky. Grasset 2015
  2. 24/7 Le capitalisme à l’assaut du sommeil, Jonathan Crary. ZONES 2014
  3. Désobéir, Henry David Thoreau. L’Herne 2014
  4. 1984, Georges Orwell. Folio
  5. Alors osons !, Patrick Moureaux. Amalthée 2012

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