Réflexion de Jean-Yves Nau : « Subutex®, aider ou condamner les généralistes qui prescrivent plus que leurs confrères ? »

Il y a quelques jours le tribunal correctionnel de la préfecture de la Haute-Vienne condamnait un médecin généraliste du centre-ville à dix mois de prison avec sursis et un an d’interdiction d’exercice 1. Il était soupçonné de trafic sur fond de prescriptions non-conformes et d’escroquerie. Le Populaire du Centre : « Prescription non conforme de Subutex® : un médecin condamné par le tribunal correctionnel de Limoges ». Les faits auraient été commis entre le 1er janvier 2014 et le 31 mai 2016.

On sait que le Subutex®(buprénorphine) prescrit chez le toxicomane à l’héroïne (ou aux autres opiacés) permet de supprimer les symptômes du manque ; de ce fait il est utilisé comme produit de substitution en complément d’une prise en charge médicale, sociale et psychologique, indispensable pour limiter le risque de rechute.

A Limoges, selon les informations du quotidien régional les consommateurs de Subutex® auraient représenté environ 40 % de la patientèle de ce généraliste – soit sur 15 mois, 15 431 boîtes prescrites, pour 285 patients des 750 habituels recensés dans le cabinet. Le Subutex® aurait aussi alimenté pour partie un trafic géré par les destinataires des ordonnances qui le revendaient – mais sans que le médecin s’enrichisse directement. Pour autant la caisse primaire d’assurance-maladie de Limoges lui réclame 120 000 euros de dommages et intérêts pour compenser ses remboursements.

Prévenir les condamnations pénales

Ne pas crier haro sur le confrère, ne pas céder à l’amalgame et dépasser ce cas pour mieux comprendre, ne pas tout ruiner. Tel est le sens du texte que viennent de publier les responsables de trois associations spécialisées : MG Addiction (Xavier Aknine), Fédération Addiction (Jean-Pierre Couteron) et SOS Addiction (William Lowenstein). Voici leur texte :

« Nous ne souhaitons pas commenter la décision de justice, mais affirmer que la médiatisation de ce jugement ne doit pas remettre en cause la qualité de la pratique clinique des médecins généralistes qui suivent depuis des années des patients dépendants des opiacés et prescrivent des traitements de substitution aux opiacés : buprénorphine et méthadone.

« Ces médecins jouent un rôle essentiel dans le dispositif de soins des addictions en complémentarité avec les structures spécialisées : Centre de Soins d’Accompagnement et Prévention en Addictologie (CSAPA), Equipes de liaisons hospitalières (ELSA) et services d’addictologie. L’objectif commun devrait être de prévenir la condamnation pénale en renforçant les liens entre acteurs spécialisés et les médecins généralistes recevant un public difficile. Ils subissent de fortes pressions à la prescription de traitements de substitution aux opiacés et de psychotropes. C’est à cela que s’était attaché le réseau local auprès de ce médecin et c’est ce travail qui doit être soutenu et prolongé. »

 

Référence :

1 « A Limoges, il prescrivait trop de Subutex®. L’assurance maladie lui réclame 120 000 euros » Journalisme et santé publique, 8 juin 2017

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