Les violences faites aux médecins augmentent. L’Ordre parle d’« empathie ». Serait-ce une maladie ?

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Les médias n’aiment guère traiter des violences faites aux médecins. On peut les comprendre. C’est un peu comme les violences faites aux femmes. On ne peut en parler que de manière statistique – style santé publique. Et encore, la violence faite aux femmes renvoie au machisme honni, à l’égalité tant espérée. On s’y retrouve, idéologiquement parlant.

Nous avons tous connu une femme battue. Ou connu quelqu’un qui connaît lune femme qui pourrait bien l’être. Ou l’avoir été. Cette ecchymose causée par une porte trop vite fermée ne trompe personne. A d’autres ce manche de râteau, cette poutre inapparente, cette baume par vent de travers.Et puis le temps passe. Ou le couple explose.

Près d’un millier de déclarations

Les médias n’aiment guère traiter des violences faites aux médecins. Mais parfois il le faut bien. Comme en ce 1er avril, date choisie par le Conseil national de l’Ordre des médecins pour rendre public ses chiffres. On les trouvera ici. Et mieux encore on les trouvera ici de manière chiffrée, détaillée, géographiquement ventilée. Les derniers chiffres ne sont pas bons : 925 cas en 2013 – 798 en 2011. Soit le chiffre annuel le plus élevé depuis la mise en place de l’Observatoire pour la sécurité mis en place en 2003.

Résumons le tableau. Les généralistes représentent 58% des médecins « agressés », ce qui est plus élevé que leur proportion dans la population médicale (54%). Les ophtalmologistes sont une nouvelle fois en tête des spécialités les plus touchées. Viennent ensuite les psychiatres, les gynécologues et les pédiatres. Pourquoi ? L’Ordre ne nous le dit pas.

Refus de prescriptions

Les mêmes causes provoquent, ici aussi, les mêmes effets. Principaux facteurs déclenchant les « incivilités » et les « violences » : reproches quant à une prise en charge, délais de rendez-vous jugés trop lointains, temps d’attente jugé excessif, refus de prescription(s). Le planisphère non plus ne varie guère : les départements du Nord et de la Seine-Saint-Denis ainsi que Paris enregistrent le nombre de déclarations le plus élevé. Globalement la ville est plus dangereuse que la campagne.

Les médias n’aiment guère traiter des violences faites aux médecins. C’est que bien souvent, après, il ne se passe rien. Malgré les appels de la hiérarchie ordinale le taux de plaintes reste très faible. Sur l’ensemble des incidents recensés en 2013, moins d’un tiers a été suivi d’un dépôt de plainte et 14% d’une main courante. Ce serait presque à se demander si ces violences ont bien existé.

Iceberg en formation

Résumons : les chiffres 2013 sont au-dessus de la moyenne des onze dernières années (689). Dramatiser ? Pour le Dr Bernard Le Douarin (Observatoire ordinal pour la sécurité) cette hausse peut s’expliquer par les campagnes de sensibilisation incitant les médecins à déclarer les incidents. Il estime toutefois que les chiffres communiqués ce 1er avril « ne sont que la partie immergée de l’iceberg ». Comment savoir, dans la mesure où les déclarations adressées par les médecins à l’Ordre sont facultatives ?

Mais le Dr Le Douarin va plus loin. L’Agence France Presse (ici reprise par Le Point) apporte ainsi l’une de ses explications : c’est, dit-il « par empathie » que les médecins ne déclaraient pas les agressions dont ils sont victimes. Par empathie ? Qu’est-ce à dire ? Le médecin violenté comprendrait les raisons de son agresseur. Et il les comprendrait au point de ne pas en faire socialement état ? Etrange postulat.

Syndrome de Stockholm

Comme les femmes battues qui se refusent, contre toute logique, à sortir de chez elles pour aller dénoncer leur tortionnaire ? Le couple médecin-patient reproduirait cette alcôve à laquelle l’extérieur ne comprendrait rien ? Est-ce bien cela ? Quelque chose en somme comme le syndrome de Stockholm a minima ? On aimerait que le Dr Le Douarin aille plus loin.

Jean-Yves NAURead all author posts