Joints : la fumeuse se protège nettement moins

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Écoutons un peu mieux les psys. Laurent Karila l’est. Addictologue à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) il vice-préside SOS Addictions. Il vient de réagir à une enquête centrée sur les étudiants(es) et leur(s) sexualité(s). C’est dans Le Parisien. Un quotidien qui ne nous laisse pas sur notre faim : il illustre son propos avec le cliché  magnétique et pré-décharné  (voir ici). Tous les psys vous en diront long sur de telles illustrations (et/ou sur les illustrateurs/trices). Renseignements pris (AFP) il s’agit de « Miley Cyrus fumant un joint aux MTV awards ». Myley Cyrus, 21 ans : sa vie son oeuvre. Myley Cyrus : (attention) son club.

Partenaires

On trouvera l’enquête ici. Elle a été demandée par le réseau de mutuelles Emevia en partenariat avec l’Institut CSA (1). Elle conclut que des étudiantes « adeptes du cannabis » ont « davantage recours à la pilule du lendemain et à l’IVG ».  Les étudiantes qui fument modérément ou régulièrement du cannabis sont deux fois plus nombreuses à avoir recours à la pilule du lendemain (54,2 %) que les autres (23,6 %). Et elles sont quatre fois plus nombreuses à subir une interruption volontaire de grossesse : 5,6 %, contre 3 % pour la totalité des étudiantes interrogées et 2,7 % pour l’ensemble des 20-24 ans. On ne dit pas ce qu’il en est, au moment de l’acte, des états de conscience des partenaires. Ni ce qu’il en est des solitudes ultérieures. Où l’on voit, parité ou pas,  qu’en cas de complications  c’est la femme a omis de se protéger.

Cocaïne

« C’est un comportement addictif qui fait que les fumeuses de cannabis prennent plus de risques. Mais c’est valable pour toutes les drogues, précise Laurent Karila. Et plus encore, par exemple, pour la cocaïne très stimulante, qui entraîne plus de désinhibition et une envie forte de sexe, qui fait qu’on se protège moins.  Lors des consultations, nous faisons toujours passer un message de prévention et on invite nos patients à faire un dépistage des infections sexuellement transmissibles. »

Facebook

« Hélas, ajoute aussitôt Le Parisien. Un autre pan de l’étude santé des mutuelles révèle que les consultations pour un examen gynécologique des étudiantes sont en baisse en 2013. Elles ne sont plus que 48 % à avoir fait cette démarche, contre 52,1 % en 2011. Quant au dépistage, seulement 50 % des étudiants ayant déjà eu une relation sexuelle ont réalisé un test. D’une manière générale, « l’accès aux soins des étudiants s’est fortement aggravé en deux ans. Il est important de renforcer l’information sur ce sujet », souligne Emevia. Si le cannabis mène facilement au sexe (90,6 % des fumeurs de joints ont déjà eu des rapports sexuels, contre 73,8 % pour l’ensemble des étudiants interrogés), à l’inverse, les jeux vidéo et les réseaux sociaux entraînent une vie de moine : 44 % des joueurs n’ont jamais eu de rapports sexuels, et ce chiffre monte à 76 % pour ceux qui ont un compte Facebook ».

Hystériques

Au-delà du cannabis, la question soulevée est celle des modifications des états de conscience  et des « passages à l’acte ». Et de leur ritualisation. Est-ce bien nouveau ?  Nous avions pour notre part fait un constat similaire et chiffré lors d’un travail mené par des élèves de l’Ecole des hautes études de santé publique (Ehesp) de Rennes. Le cadre était alors celui des manifestations festives, collectives et (notamment) alcoolisées qui constituent un rituel étudiant de fin de semaine dans la vieille cité celte. Et les témoignages mâles récurrents ciblent les comportements caractéristiques (fréquemment qualifiés d’hystériques) des jeunes filles alcoolisées. Des témoignages aux considérations très généralement fort peu flatteuses. Ce qui ne semble en rien un élément de nature à freiner le caractère répétitif du rituel.

Idole

Miley dans Le Parisien avec un joint ? En 2008 le Los Angeles Times observait  que cette jeune fille alors âgée de 15 ans était  « comme une idole pour les préadolescents dans le monde entier ». Puis des photos jugées « plutôt intimes » de Miley Cyrus ont circulé sur Internet : des photos en bikini, en lingerie, sous la douche vêtue d’un simple chandail blanc mouillé. Miley a ensuite  expliqué que les scandales entourant ces photos l’ont aidée à mûrir et à s’affirmer. Puis d’autres photos. Puis 2013. Et une fortune estimée à 150 millions de dollars. Les préadolescents de 2008 ont-ils mûris ?

(1) Méthode d’enquête par voie postale, menée en partenariat avec l’institut CSA, du 10 janvier au 17 mars 2013, auprès de 60 000 étudiants. 6 134 questionnaires ont été retournés. 

 

Jean-Yves NAURead all author posts