Johnny Hallyday : souvenirs en vrac d’un vieux toxicomane (c’est dans « Lui » !)

johnnyNé Jean-Philippe Smet, bientôt 71 ans, le chanteur Johnny Hallyday s’exprime aujourd’hui dans la pénultième nouvelle version de Lui, vieux magazine pour homme (50 ans au compteur). Ce mythe national tricolore est revenu de tout. Il y parle de tout et de rien. Surtout de lui. Recycle quelques fragments de souvenirs d’ivresse.

Johnny est interrogé par Fréderic Beigbeder, un homme qui cache bien son demi-siècle. Frédéric tente de relancer Lui dont il est le directeur de la rédaction. Il y a un quart de siècle M. Beigbeder publiait son premier roman, « Mémoires d’un jeune homme dérangé » aux éditions de la Table ronde. Vinrent ensuite « Vacances dans le coma » puis « L’amour dure trois ans », dont on se souvient qu’il achevait la célèbre trilogie de Marc Marronnier.

Saint-Germain

Suivit un recueil de nouvelle (Gallimard, 1999) Nouvelles sous ecstasy. Très actif dans la publicité comme dans les nuits de Saint-Germain-des-Prés M. Fréderic Beigbeder faisait alors beaucoup parler de lui. Johnny aussi. On se souvient peut-être de son intervention neurochirurgicale pratiquée en novembre 2010 dans un établissement hospitalier privé parisien. Intervention pratiquée par Stéphane Delajoux (voir le dossier de Slate.fr) ; intervention controversée qui donna lieu à bien des rebondissements médicaux et à quelques prolongements judiciaires. Tout n’a pas encore été écrit.

L’entretien Beigbeder-Hallyday (FB-JH) ne devait pas manquer de gros sel. C’est le cas. Il court sur cinq pages en ouverture du numéro d’avril 2014, numéro vendu 2, 90 euros. Cet échange a été enregistré au bistrot-restaurant L’Ami Louis en présence de Seb Farran, manager de Johnny venu « bouffer avec eux ».

Calon Ségur

Précision : Fréderic Beigbeder (FB) est en état « de sudation maximale ». La première bouteille sera un Calon Ségur 1988. Saint-Estèphe – des anges passent. JH engloutit des escargots et des poulets. FB se souvient qu’il y a « une corrélation assez étroite entre la réussite d’une interview et le pourcentage d’alcool dans le sang ». Il ne précise pas les parts respectives conduisant à la réussite. Extraits :

Gitanes

FB : « Je constate que tu bois du vin, alors qu’à une époque tu ne buvais plus de vin du tout. »

JH : « Là, je bois un peu de vin rouge mais je ne bois plus d’alcool fort . »

FP : « Tu fumes toujours tes trois paquets de Gitanes par jour ? »

JH : « Non, seulement dix cigarettes quand je suis en France et rien du tout quand je suis en Californie. Parce que là-bas, les Gitanes, y en a pas ! Et moi, j’aime pas les blondes. A part les gonzesses. »

FB : « A part Laetitia, tu veux dire. Je peux raconter l’histoire de la bouteille d’Armagnac ? »

JH : « Oh ! La la ! Pour mon anniversaire, un soir, il m’a offert une bouteille d’Armagnac de 1943, mon année de naissance, qui n’a pas fait long feu. » (Rires)

FB : « a l’époque, tu n’étais pas sensé boire. Je pensais que tu la poserais sur une étagère pour faire joli. Et tu l’as descendue en une heure ! Laetitia n’était pas contente. »

JH : « Je vais te dire un truc. Sur le tournage de Salaud, je ne buvais rien du tout. Mais Eddy Mitchell (1) avait dit à la maquilleuse de toujours garder au frais ses bouteilles de grappa. »

FB : « Ce n’est pas bien de balancer les copains. »

JH : « La scène où on chante ensemble la chanson de Ricky Nelson en regardant Rio Bravo, il était torché. Lelouch est très malin de s’en être servi. » (…)

Hendrix

FB : « C’est vrai que tu hébergeais Jimmy Hendrix chez toi à Neuilly ? »

JH : « Hendrix était adorable. Il dormait avec sa guitare. A l’époque, il fumait quelques joints mais rien d’autre. »

FB : « Jim Morrison aussi tu l’as bien connu ? »

JH : « Lui, il était destroy. Morrison à sept du mat, devant le Rock’n’roll Circus c’était deux Mandrax et un verre de whisky. C’est un somnifère assez puissant que tu prends avec de l’alcool. »

Claude François

FB : « Toi, tu n’es jamais vraiment tombé dans la drogue dure. »

JH : « Non, à part la coke que j’ai aimée. J’ai jamais succombé à l’héro, parce que je suis hyperactif. A l’époque, John Lennon voulait me faire essayer les buvards (LSD). Mais je n’ai jamais accepté. Par contre, j’ai mangé des champignons avec M. »

FB : « Ouh là ! Mais c’est très fort les champis ! »

JH : « Je vais te dire un truc : qu’est-ce que je trouvais tout le monde gentil, après ! Et j’étais bien plus en forme que lui. J’aurais pu baiser un tronc d’arbre. »

FB : « C’est vrai que Cloclo était jaloux de toi ? » (…)

Morrison

On pourrait se moquer bien sûr. Et l’on se moque un peu de tout cela. De cette mise en scène vieillissante pour enfants d’un autre âge. De ces souvenirs d’ivresses qui sonnent un peu faux. Des mânes de Hendrix et de Morrison réveillées par un Calon Ségur 1988 mariées à des escargots de l’Ami Louis. Même la grossièreté semble de circonstance. Une posture pour attirer le chaland. N’est pas vraiment beauf le premier bobo qui veut.

Reste l’insondable mystère Hallyday, un puits sans fin, une glace nationale avec et sans tain comme le montre à sa façon le journaliste-écrivain Philippe Boggio dans son Johnny (Flammarion, 2009). Hallyday qui aura traversé plus d’un demi-siècle de substances psycho-actives ; des substances plus ou moins autorisées. Johnny qui entretient sur le tard la légende de l’artiste maudit, du créateur drogué.

Verlaine

Une vieille histoire. De l’alcool vert de Paul Verlaine (1844-1896) à celui, jaune, que chantait Gainsbourg dès 1958. En passant par les expériences britanniques plus ou moins méthodiques de Thomas de Quincey (opium, 1822) et de d’Aldous Huxley (mescaline, 1954). Rappelons que pour Huxley (1894-1963) la mescaline n’est pas nécessaire, mais qu’elle peut être utile, surtout pour les intellectuels.

Pour certains ce n’était qu’un vice. Ce fut bientôt une épidémie. On verra un instant dans cette consommation de drogues psychédéliques une quête anarchique de transcendance dans un monde sans religion et comme désenchanté.

Aldous

Huxley écrivit Les Portes de la perception . Puis il passa le témoin à différents représentants du « New Age » qui se réfèrent fréquemment à ses écrits mystiques et à ses études sur les hallucinogènes. Puis vint Jim Morrison (1943-1971) et The Doors. Puis Morrison croisa Hallyday. En nous voici en 2014 avec Johnny. L’ancien combattant est interrogé par l’officier Beigbeder. A l’Ami Louis. Avec un Calon-Ségur 1988. Pour commencer.

(1) Nous avions évoqué sur ce blog la reprise, à Paris et sous la forme d’une pièce de théâtre, du chef d’œuvre d’Antoine Blondin « Un singe en hiver ». («L’alcoolisme selon Eddy Mitchell »). Eddy Mitchell saurait-il camper le rôle mythique joué par Jean Gabin dans le célèbre film ? On pouvait raisonnablement en douter. Quelques critiques, dont celle du Point (signée Gilles Costaz et que l’on peut lire ici) ne nous incite pas à tenter de répondre à cette question. Il ne suffit pas de boire ou d’avoir bu pour jouer l’alcoolique. A fortiori celui (devenu abstinent et donc revenu de tout) auquel Blondin donna naissance. Avant de sombrer.

 


 

Le Dakar et l’histoire de la pause clope : une autre anecdote sur Johnny Hallyday à lire ici.

Jean-Yves NAURead all author posts