Cannabis : alerte rouge à l’épidémie. Mesures drastiques proposées pour l’endiguer

On ne rit plus. La question n’est plus de savoir si cette drogue est toujours douce. (« 2014. Le cannabis est-il toujours une drogue douce ? » L’urgence est à l’endiguement de sa consommation expansive. C’est tout le sens du communiqué adressé à la presse en ce matin du 26 mars 2014 par l’Académie nationale de médecine après la réunion qu’elle vient de tenir sur ce thème. (Document signéJ. Costentin, J.-P. Goullé et J.-P. Olié – au nom de la commission VI).

Consommation expansive ?  Elle a été multipliée par quatre entre 1993 et 2012 et elle affecte principalement les jeunes français qui sont les plus grands consommateurs en Europe. On dénombre en France 1.300.000 usagers réguliers et 550.000 consommateurs quotidiens.

Consommation dangereuse ?  L’Académie nationale de médecine rappelle  « la convergence des données neurobiologiques, cliniques et épidémiologiques attestant de la toxicité somatique et psychique du cannabis » et ce  « d’autant qu’il existe une accumulation du THC dans le cerveau responsable d’une période de latence entre l’arrêt de l’intoxication et la cessation des effets ».

« L’usage du cannabis perturbe les fonctions cognitives, en particulier à l’âge des acquisitions scolaires et universitaires, alerte l’Académie.  Il peut induire des troubles anxieux et dépressifs avec leur risque suicidaire. Il peut entrainer ou aggraver des troubles psychotiques, à type de schizophrénie. Il est facilitateur de la consommation d’autres drogues, tabac, alcool, voire opiacés ou psychostimulants. La désinhibition induite par le cannabis est facilitatrice de comportements à risque, auto- ou hétéro-agressifs et elle participe au bilan meurtrier des accidents de la route. »

Et encore : « Les méfaits somatiques du cannabis sont également connus : cancers O.R.L. et broncho-pulmonaires, cancers du testicule, troubles cardio-vasculaires (artérites, infarctus du myocarde, accidents vasculaires cérébraux), troubles broncho-pulmonaires ; perturbations endocriniennes, conséquences sur le déroulement de la grossesse et sur l’enfant qui en naîtra… »

Pire : « L’apparition sur le marché de nombreux cannabinoïdes de synthèse encore plus puissants que le THC aggrave les risques induits par ces consommations ».

Au vu de tous ces éléments l’Académie nationale  de médecine réclame la mise en œuvre de mesures capables « d’informer les jeunes et leurs éducateurs » et de « dissuader et  punir ceux qui œuvrent pour cette pandémie ».

A savoir :

1 En psychiatrie. Prévenir toute forme de commerce et de consommation du cannabis au sein des établissements accueillant des personnes  porteuses de troubles mentaux compte-tenu des effets  délétères du cannabis et des cannabinoïdes de synthèse chez ces personnes. Ne pas plaisanter : ceci doit être pris en compte au plus vite dans le processus d’accréditation des établissements spécialisés en psychiatrie.

2 En prison. Le taux de prévalence élevé des addictions en population carcéraledoit être davantage pris en compte par l’autorité pénitentiaire, par la mise en œuvre d’actions de prévention auprès des populations concernées et, « bien évidemment », par toutes mesures empêchant la circulation des drogues dans les lieux de privation de liberté.

3 En ville. Des mesures doivent être inscrites dans la loi pour empêcher, dans des boutiques, ou via l’internet, l’achat : de matériels et de semences permettant la culture du chanvre indien ; de cannabinoïdes de synthèse ; la vente aux mineurs de « vapoteurs », de pipes à eau, et de papier à cigarette « grand format »  qui sont détournés pour la consommation du cannabis. Les arguments sanitaires ayant fondé la loi de 1970 (1)  interdisant la consommation et le commerce de cannabis doivent être rendus accessibles à la population.

4 En voiture. Une surveillance toute particulière doit viser à mieux prévenir et sanctionner la conduite de tout véhicule sous l’empire du cannabis et des cannabinoïdes.

On ne rit plus. Les vents tournent. Au vu du contexte politique actuel (élections municipales, montée du Front national, rumeurs de remaniement gouvernemental) certains diront que le moment est bien mal choisi pour lancer publiquement de telles propositions. D’autres assureront, principe de précaution ou non, que nous n’avons que trop tardé à regarder la vérité en face. Que la santé publique prime tout et que le cannabis est, tout bien pesé, un poison. Tous (ou presque) reconnaîtront que l’Académie nationale de médecine ne fait, ici, que remplir sa mission.

Que fera le futur exécutif ?

 (1) Loi n° 70-1320 du 31décembre 1970 relative aux mesures sanitaires de lutte contre la toxicomanie et à la répression du trafic et de l’usage illicite des substances vénéneuses.

Voir comment SOS ADDICTIONS rebondit sur ce post de Jean-Yves Nau.

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