Analyse de l’étude du Pr Christopher Bullen, première étude randomisée et contrôlée sur la e-cigarette versus patch et placebo

e-cigarette

En septembre 2013, le Lancet publiait une étude dans laquelle la cigarette électronique n’obtenait pas de résultats significativement supérieurs à ceux d’un patch, voire même à ceux d’une cigarette électronique sans nicotine[1]. Autrement dit, selon cet essai, tant la cigarette électronique que le patch, se sont révélés totalement inefficaces par rapport à un placebo, ne contenant pas de principe actif.

Concernant l’inefficacité du patch, l’explication réside dans le protocole : dans cette étude, un seul modèle de patch à 21 mg a envoyé par la poste, sans aucune consultation et sans possibilité de compléter la posologie par des formes orales de nicotine. Un tel protocole ne peut pas fonctionner, les besoins en nicotine étant très variables d’un fumeur à l’autre. Les seuls protocoles valables aujourd’hui, obtenant des résultats, sont ceux qui associent formes orales et patch, sur une durée longue.

Concernant l’inefficacité de la e-cigarette avec nicotine, l’auteur, Christopher Bullen, signale en page 7 que les modèles utilisés n’étaient pas efficaces et ne délivraient aux fumeurs que 20 % de la dose de nicotine qu’ils obtenaient avec leur cigarette. Il ajoute que les modèles de nouvelle génération permettent de délivrer beaucoup plus de nicotine et il concluait donc très logiquement qu’il faudrait refaire l’étude avec de tels modèles.

J’ai donc demandé ces précisions au Pr Bullen par mail. Il en ressort que le modèle distribué aux participants datait de plus de 3 ans (2010), que ceux-ci n’avaient qu’une seule cigarette et qu’un chargeur de secours leur avait été distribué dans un deuxième temps. Quant aux cartouches, leur capacité n’était que de 0,5 ml, soit 8 mg de nicotine ce qui correspond au maximum à 4 cigarettes, ce qui est très insuffisant pour des patients fumant en moyenne 18 cigarettes par jour depuis plus de 20 ans.

Aujourd’hui les vapoteurs disposent de dispositifs nettement plus performants, et de kits contenant deux e-cigarettes leur permettant de tenir toute la journée sans avoir à les recharger. Surtout, ils disposent de cartouches ou de réservoir nettement plus importants, leur permettant là aussi de tenir une journée ou de ne remplir qu’une seule fois leurs dispositifs. De ce fait, ils consomment plus facilement la dose de nicotine dont ils ont besoin pour ne pas souffrir des signes du manque. Le fait que les participants de l’étude Bullen n’ont utilisé que 8 mg de nicotine par jour confirme qu’ils n’étaient pas satisfaits par le matériel qui leur avait été procuré ni par les explications qui leur avaient été fournies.

Malheureusement, ces informations et ces réserves, fondamentales à la compréhension des mauvais résultats affichés, ne sont accessibles qu’en page 7 de la publication.

A partir de 2012, les modèles sont devenus nettement plus performants et le marché a décollé, comme le montre le schéma d’une étude sur les tentatives d’arrêt du tabac en Grande-Bretagne [2]. On y voit que les fumeurs ont réellement commencé à utiliser les e-cigarettes pour se sevrer du tabac en nombre à partir de 2012 et qu’en 2013, la e-cigarette est devenue la méthode la plus utilisée, devant les substituts nicotiniques.

En définitive, la seule conclusion à retenir de l’étude 2013 de Christopher Bullen est celle de l’auteur lui-même : il faudrait la refaire avec des dispositifs d’E-cigarette plus récents et efficaces

[1] Bullen C. et al. Electronic cigarettes for smoking cessation: a randomised
controlled trial. www.thelancet.com Published online September 7, 2013 http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(13)61842-5.

[2] Trends in electronic cigarette use in England / www.smokinginengland.info

 

N=4,540 adults who smoke and tried to stop or who stopped in the past year.

Trends in electronic cigarette use in England / www.smokinginengland.info

 

Philippe PRESLESRead all author posts