La Parisienne : « Plaisir féminin : halte aux idées reçues ! »

Christine Mateus pour le journal Le Parisien : « Même les femmes se connaissent mal, constate le docteur Karila dans un guide à succès, qui combat les stéréotypes et les tabous. »

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49% des Françaises confient avoir « assez régulièrement » des difficultés pour atteindre l’orgasme. (BDLM/Cultura Creative.)
49% des Françaises confient avoir « assez régulièrement » des difficultés pour atteindre l’orgasme.
(BDLM/Cultura Creative.)

Certaines doivent encore composer avec une vision stéréotypée de la sexualité féminine, conduite par une industrie du porno florissante…

Tout cela, le docteur Laurent Karila, psychiatre addictologue, l’évoque dans son dernier livre : « Votre plaisir vous appartient »*. Sorti le 1 er juin, l’ouvrage rencontre un succès tel qu’il repart pour une deuxième impression. Un effet de l’été qui démarre ? Levons donc un coin du drap…

Pannes sexuelles, les femmes aussi

« Il faut gommer l’idée reçue de l’aspect purement psychologique du plaisir féminin, car il existe authentiquement quelque chose de mécanique chez les femmes », insiste le psychiatre. Ces pannes ne correspondent pas à un trouble du désir sexuel mais de l’excitation sexuelle. Bref, on en a bien envie mais pas moyen de… Et les préliminaires n’y changent rien.

Chez l’homme, cela concerne l’érection, chez la femme, la lubrification vaginale. Pour éviter ces pannes, il faut, bien sûr, être disponible psychiquement (en mettant de côté les contrariétés) et physiquement (la forme physique, sans être sportive de haut niveau, est primordiale). Le médecin met aussi l’accent sur « la distinction entre le désir fantasmé et le désir de réalité de la chair » qui, lorsqu’elle ne se fait pas, peut poser problème. Si ces pannes deviennent invalidantes, on n’hésite pas à consulter un spécialiste.

Mesdames, exprimez-vous 

Et notamment sur vos goûts en matière de sexe. D’après une étude Ifop datant de novembre 2015, le royaume du french kiss se retrouve bon dernier dans la course au septième ciel. Sur plus de 8 000 femmes hétérosexuelles vivant en Europe et en Amérique du Nord, âgées de 18 à 69 ans, 8 % des Françaises ne l’ont jamais connu (contre 3 % en Allemagne), et 49 % d’entre elles confient avoir « assez régulièrement » des difficultés pour l’atteindre.

Pourquoi ? En France, la pénétration vaginale domine. 82 % des Françaises l’adoptent « souvent » (contre 74 % en Allemagne) mais seules 26 % d’entre elles prennent leur pied ainsi. « Les femmes hésitent visiblement à exprimer ce qui leur fait vraiment plaisir », note Laurent Karila. En effet, les cachottières sont 77 % à avoir « assez facilement » un orgasme par voie vaginale, mais avec une stimulation du clitoris. Pourtant, seulement une sur trois pratique cette méthode.

Haro contre la dictature de l’orgasme

L’orgasme a même sa Journée mondiale (le 21 décembre) et pourtant beaucoup de fausses croyances existent à son sujet. Parmi elles : ne pas y parvenir à chaque rapport sexuel est un signe d’insatisfaction. Faux ! « On peut prendre du plaisir sans avoir d’orgasme, et heureusement ! Il ne faut donc pas en faire une exigence, au risque de le faire fuir », rassure le docteur Karila. Autre exemple : une femme qui ne connaît pas l’orgasme souffre d’un trouble du désir sexuel. « Encore une idée reçue ! Le langage commun évoque souvent le terme frigidité. Il est utilisé par certains hommes qui préfèrent l’employer plutôt que de remettre en question leur performance », ironise le psychiatre. En effet, l’anorgasmie existe bien et peut, notamment, trouver son origine dans la difficulté à se laisser aller, la non-connaissance de son corps, une éducation rigide et culpabilisante quant au plaisir sexuel ressenti, un mauvais partenaire…

Le porno, ça les émoustille aussi…

« La pornographie fait partie du paysage de la sexualité. Elle a toujours existé. L’interdire n’aurait aucun sens », avance Laurent Karila. Le poids de cette industrie aujourd’hui a toutefois « modifié la donne en termes de représentations des choses, des corps des uns et des autres, du sexe en général. On peut aussi noter un déséquilibre homme-femme, même si de nombreux supports destinés aux femmes se développent de plus en plus ». Elles sont environ 24 % à X-surfer dans le monde. On retrouve ce même pourcentage en France (contre 35 % au Brésil, en tête du classement). Et lorsqu’elles vont sur ces sites, elles y passent plus de temps que les hommes (dix minutes et dix secondes en moyenne). Les internautes ont entre 18 et 24 ans pour 36 % d’entre elles, 28 % ont de 25 à 34 ans, et 17 % de 35 à 44 ans. Que vont-elles chercher ? Entre 2014 et 2015, les femmes se sont surtout intéressées aux sex-tapes des célébrités.

* « Votre plaisir vous appartient : le Guide de la sexualité 2.0 », par Laurent Karila Editions Flammarion, 19,90 €.

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