Tabac et e-cig : les anglais nous montrent la voie

e-cigarette

Jean-Yves Nau : « Cigarette électronique : la Grande Bretagne engage une lutte anti-tabagique historique »

C’est un événement de santé publique doublé d’un document britannique officiel: « E-cigarettes: an evidence update A report commissioned by Public Health England » (1). On en trouve également une synthèse au titre éloquent« E-cigarettes: a new foundation for evidence-based policy and practice ».

Une version journalistique est fournie d’autre part via The Guardian (James Meikle)comme on peut en prendre connaissance ici. Et l’Agence France Presse y consacre une dépêche. Quelque soit le traitement médiatique qui est en est fait, il s’agit bien d’un nouveau et important tournant dans l’histoire de la lutte contre le tabagisme, dans la révolution des volutes. Aucun hasard s’il apparaît au royaume du pragmatisme. Un pays où l’on ne choisit pas le paquet neutre contre la cigarette électronique. Un pays où tout ne passe pas par la loi et son marbre.

Réalité en face

 Des experts reconnus dans le champ de la lutte contre le tabagisme de santé publique recommandent ainsi, dans ce rapport  publié le mercredi 19 août, d’avoir recours autant que nécessaire, au levier que constitue la cigarette électronique – et donner aux médecins généralistes la possibilité de la prescrire pour lutter contre l’addiction au tabac. Ne plus la conseiller du bout des lèvres mais regarder la réalité en face et tout faire pour ne plus consommer-inhaler fumées et goudrons.

 Les cigarettes électroniques peuvent «changer la donne pour la santé publique», assure le Pr Ann McNeill, du King’s College de Londres, coauteure de cette étude qui a été commandée par les autorités sanitaires anglaises (Public Health England ou PHE). Elle fait officiellement valoir que  les cigarettes électroniques sont à 95% moins dangereuses que les cigarettes traditionnelles. Pr Kevin Fenton, un responsable de PHE : « Pour certaines personnes qui trouvent difficile d’arrêter de fumer en utilisant les méthodes traditionnelles, les cigarettes électroniques peuvent représenter une nouvelle solution ». Nous sommes aux antipodes, ici, des atermoiements des autorités sanitaires françaises et de la ministre de la Santé.

La menace et l’outil

Les médecins britanniques ne sont actuellement pas autorisés à prescrire de cigarette électronique, mais les experts à l’origine de cette étude espèrent que l’Agence britannique de contrôle sanitaire – la Medicines & Healthcare products Regulatory Agency (MHRA) leur en donnera bientôt la possibilité. La MHRAet d’ailleurs devenue compétente pour la e-cigarette (« the competent authority for regulating e-cigarettes ») et l’on peut découvrir sur son site des informations claires sur le sujet qui tranchent avec la confusion qui prévaut souvent en France.

Le gouvernement britannique commence à publier les projets de décret d’applications visant à transposer, pour mai 2016, la nouvelle Directive tabac européenne. La Grande Bretagne a décidé, elle aussi, de passer au paquet neutre ce qui ne lui interdit nullement de faire de la cigarette électronique un outil et non une menace.

Besoins médicaux

« Pour le moment, il n’y a pas de produits sous licence pouvant être utilisés pour des besoins médicaux et c’est une des raisons pour laquelle nous soutenons la MHRA pour qu’elle s’assure que des cigarettes électroniques sûres et encadrées puissent être proposées pour des besoins médicaux » précise le Pr Fenton.

Il ajoute: «Une fois que cela aura été agréé, et que nous aurons les produits dans les tuyaux, ils pourront être intégrés à l’arsenal des outils disponibles pour aider les patients à arrêter de fumer. Les cigarettes électroniques ne sont pas complètement dénuées de risque, mais en comparaison avec le tabac, les preuves dont nous disposons montrent qu’elles ne comportent qu’une fraction de sa dangerosité. »

C’est là une évidence qu’il faudra sans doute encore longtemps répéter.

Atermoiements français

On estime, en Grande Bretagne, à environ 2,6 millions le nombre de personnes qui vapotent et à environ 80.000 le nombre de celles qui meurent prématurément de leur addiction au tabac. En dépit de quelques approches parcellaires (comme une étude que vient de publier le Journal of the American Medical Association ), les experts soulignent également qu’il n’y pas de preuve démontrant que les e-cigarettes incitent les vapoteurs non fumeurs à se tourner vers le tabagisme classique.

Que font en France, sur un tel sujet, la ministre de la Santé et l’ensemble des responsables de la santé publique ? Pourquoi tout miser sur le paquet neutre? L’avenir, pragmatique, de la lutte anti-tabagique se joue aujourd’hui de l’autre côté de la Manche.

(1) Les auteurs sont McNeill A, Brose LS, Calder R, Hitchman SC (Institute of Psychiatry, Psychology & Neuroscience, National Addiction Centre, King’s College London UK Centre for Tobacco & Alcohol Studies) et  de Hajek P, McRobbie H (Wolfson Institute of Preventive Medicine, Barts and The London School of Medicine and Dentistry Queen Mary, University of London UK Centre for Tobacco & Alcohol Studies).

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