Santemagazine.fr : Décès à la maternité d’Orthez : éclairage sur l’alcoolisme de l’anesthésiste

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L’anesthésiste en cause dans le décès d’une maman à la maternité d’Orthez comparaissait devant la justice ce matin. Elle a reconnu avoir bu de l’alcool. Le président de SOS addictions, le Dr William Lowenstein, dénonce les ambiguïtés françaises autour de l’alcoolisme.. un article à retrouver sur le site santemagazine.fr

Le 28 septembre 2014, une jeune accouchée plongeait dans le coma après une erreur d’intubation. Elle est décédée peu de temps après. À la suite de ce drame, on a appris que le médecin-anesthésiste avait 2,4 grammes d’alcool par litre de sang et que cette femme de 45 ans souffrait d’addiction depuis plusieurs années.

Elle a d’ailleurs reconnu, selon des informations de Sud-Ouest , avoir consommé de l’alcool : « Le soir des faits, j’avais bu une demi-bouteille d’un mélange de vodka et d’eau de 50 cl. Je n’étais pas ivre, j’étais à 70 % de mes capacités. »

Comment un médecin, sous l’emprise de l’alcool, a-t-il pu gérer un accouchement ?

Le Dr William Lowenstein, président de l’association SOS addictions, a publié une lettre sur Slate, dans laquelle il s’adresse à l’enfant dont la mère est décédée. Pour lui, cette situation révèle les relations ambiguës que la société française entretient avec l’alcool.

« En France, il y a une sorte de bienveillance meurtrière vis-à-vis de l’alcool. C’est un produit licite, facile d’accès, et ce sont nos parents qui, bien souvent, nous ont fait boire notre premier verre », explique-t-il.

Un principe de « co-responsabilité »

L’anesthésiste d’Orthez a été mise en examen au lendemain du drame. Mais est-elle la seule coupable dans cette affaire ? Le Dr Lowenstein dénonce la solitude dans laquelle elle semblait se trouver :

« Cette femme, manifestement malade, n’a trouvé aucune aide et ses collègues l’ont laissée entrer au bloc opératoire. Ce déni peut avoir de multiples facteurs. Peut-être étaient-ils en effectifs limités, peut-être y avait-il un problème d’organisation… Il semblait, en tous cas, plus facile de la laisser anesthésier sa patiente que de changer le planning. »

Dans ce contexte, le Dr Lowenstein invoque un principe de « co-responsabilité » impliquant le directeur de l’hôpital, le chef de service et tous les membres de l’équipe. Ce concept, écrit-il, « comme jadis celui de non-assistance à personne en danger, a dépassé l’idée de faute et de culpabilité solitaire ».

3 à 7%  du milieu médical touché par une addiction (hors tabac)

Comme tout le monde, les médecins ont leurs vulnérabilités. Ils sont sensibles au stress et à la pression. Ils ne sont pas à l’abri d’une consommation excessive d’alcool ou de toute autre drogue.

Selon le Dr Lowenstein : « Les addictions (hors tabac) toucheraient 3 à 7 % du milieu médical, selon les études. Ce n’est pas négligeable. Il faudrait y ajouter les addictions médicamenteuses, l’accès à certains produits stupéfiants étant plus facile pour les professions médicales. »

Il n’est jamais simple d’avouer une addiction. Peur de perdre son travail, peur du mépris de ses collègues… De multiples raisons incitent à garder le silence. L’alcool, sujet tabou, suscite encore trop souvent la honte et le déni. L’affaire d’Orthez en est une illustration effrayante.

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