Psychologies.com – « Gaz hilarant », un phénomène marginal en France

 

« Gaz hilarant ». Une appellation qui pourrait être sympathique si elle ne désignait pas une substance qui comporte tout de même quelques risques. Présentée comme de plus en plus prisée par les jeunes, son usage demeure assez rare en France. Interview du docteur William Lowenstein réalisée par Lucien Fauvernier pour Psychologies.com

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L’Agence Nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) met en garde contre l’usage récréatif des substances volatiles chez les jeunes. 5,5% d’entre eux affirment avoir expérimenté ces produits, d’après une enquête menée en 2011. Si le protoxyde d’azote fait partie des produits consommés, il n’est pas le seul : air sec contenu dans les bombes de nettoyants pour claviers, vapeurs inhalées de détachants…

Le gaz hilarant – de son vrai nom protoxyde d’azote – est consommé de façon récréative depuis les années 90 en Angleterre et aux Etats-Unis, et a récemment suscité un intérêt médiatique en France. Laure Laviale, responsable du pôle documentation d’Addictions Drogues Alcool Info Service (ADALIS) invite cependant à relativiser son usage par les jeunes Français : « Sur 44 000 demandes d’aide ou d’informations, seules 15 concernaient cette substance au cours de l’année 2014. » L’ADALIS reste toutefois en veille, afin d’alerter en cas de véritable propagation du phénomène. Même son de cloche auprès des distributeurs des cartouches de protoxyde qui n’ont « pas noté une augmentation importante des ventes »selon Vanessa Mangoua, responsable des relations presse de la société Mastrad.

Pourquoi alors, le protoxyde d’azote fait-il autant parler de lui ? Que faut-il savoir de cette substance ? Entretien avec William Lowenstein, spécialiste en médecine interne et addictologie, président de SOS Addictions depuis 2002.

Siphon_scalewidth_168« Le gaz hilarant est une petite mode dans la recherche d’ivresse »

Quels sont les effets recherchés ?

Les consommateurs parlent d’un fort sentiment d’euphorie quasi immédiat après inhalation du gaz contenu notamment dans les cartouches pour siphon à chantilly. Des rires incontrôlables, qui donnent son nom au « gaz hilarant », avec parfois des distorsions visuelles et auditives.

Les chiffres montrent que l’usage du protoxyde, par les jeunes Français, demeure très marginal. Dès lors, les parents doivent-ils en parler avec leurs enfants ? Ou au contraire éviter, pour ne pas « donner envie » d’expérimenter cette drogue ?

William Lowenstein : Globalement, il faut en parler. Ne pas diaboliser ou dramatiser, mais développer un esprit de connaissance et un espace critique. Nous sommes au XXIème siècle, les parents doivent transmettre qu’il est possible de se servir de son intelligence même à l’égard de certaines consommations, afin de diminuer les risques. En parler permet de sortir du tabou. L’idée de « Je n’informe pas pour éviter que », est, selon moi, un mésusage de l’intelligence des jeunes. Aborder la question n’est en aucun cas une incitation à la consommation ! C’est exactement comme parler du préservatif pour se protéger des infections sexuellement transmissibles. Il faut le dire et le répéter : le pire, c’est de ne pas parler. Cela ne veut pas dire être intrusif et chercher à savoir des choses « cachées » mais aider à développer des réflexes de protection. Les nouvelles technologies, entre autres, permettent aux parents d’être plus fins dans leur approche. On peut s’asseoir avec son enfant devant un ordinateur, se renseigner sur Internet à propos de certaines drogues ou pratiques et établir un dialogue, lui demander ce qu’il en pense, s’il comprend les risques. Ne pas parler des dangers n’a jamais protégé personne.

 

Avec ses enfants, pas toujours facile d’aborder le sujet de la drogue. Les conseils de Daniel Marcelli, psychiatre, spécialiste de l’adolescence sont à retrouver dans notre article Cannabis et ados : trouver les bons mots.

Pourquoi a t-on beaucoup entendu parler du protoxyde d’azote dernièrement, alors qu’il n’y a pas de consommation massive en France ?

William Lowenstein : Chez SOS Addictions, nous connaissons ce genre d’emballements, souvent disproportionnés, par rapport aux problèmes de santé publique. Il ne faut pas totalement critiquer ce phénomène. Quand les reportages sont bien faits, ils apportent toujours une information sur une substance, une pratique, même si elle demeure marginale. Cela peut éviter à certains de se retrouver dans des situations délirantes ou avec de vrais problèmes de santé, en cas d’abus répétés, comme c’est le cas avec le protoxyde d’azote. Nous sommes étonnés par cette focalisation, bien que dans le domaine des addictions, nous sommes habitués à certains abcès de fixation médiatiques, comme c’est régulièrement le cas sur la dépénalisation du cannabis, les salles de consommation ou encore le binge-drinking. Comme si tout le reste n’existait pas.

 

Quels sont les effets secondaires ?

Consommer du protoxyde d’azote n’est pas sans conséquences. Outre les risques liés à son usage, à court terme comme à long terme, l’inhalation du gaz provoque des effets secondaires dus à ses propriétés dilatantes : nausées, coliques, vives douleurs aux sinus, otites aiguës…

Qu’est ce qui attire les jeunes dans le protoxyde d’azote? Quels sont les risques liés à son usage ?

William Lowenstein : L’accessibilité du produit, sa fausse nouveauté, ses caractéristiques d’ivresse, mais aussi son élimination rapide. Le protoxyde jouit d’une bonne image chez les jeunes consommateurs, il permet une ivresse « sympathique », jugée sans dangerosité. De plus, il est disponible à peu de frais, dans les cartouches pour siphon à chantilly vendues en épicerie ou en grand surface.

Les risques sont essentiellement à long terme. Mais cela ne veut pas dire pas qu’ils n’existent pas du tout. L’ivresse provoquée peut être à l’origine de chutes, d’attitudes incohérentes et parfois de pertes de connaissance. L’usage répété peut créer des problèmes sur le plan neurologique et hématologique. A hautes doses, le protoxyde d’azote, normalement utilisé en anesthésie, provoque une carence en vitamines B12, appelée anémie de Biermer. Ce type d’anémie peut donner des signes à la fois sanguins mais aussi des atteintes neurologiques : des poly-neuropathies, des ataxies (troubles de l’équilibre, problèmes de coordination motrice). De plus, chez des gens dont le cœur fonctionne mal, ce gaz peut, dans de très rares cas, induire des problèmes cardiaques et un bas débit cérébral assez sérieux. Même si cela peut faire peur, il faut relativiser. Le gaz hilarant n’est qu’une petite mode, chez les jeunes, dans une recherche d’ivresse qui est intemporelle.

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