Matinée scientifique de l’Ireb : Interactions entre alcool et médicaments : peu d’études scientifiques disponibles

irebCommuniqué de presse de l’IREB

La 44ème Matinée scientifique de l’Institut de Recherches Scientifiques sur les Boissons (Ireb) a été consacrée aux interactions entre l’alcool et les médicaments sous le titre : « Boire ou guérir, faut-il choisir ? ». Elle a été animée par deux experts : Patrice Couzigou, professeur de médecine (hépato-gastroentérologie), Université de Bordeaux, membre du comité scientifique de l’Ireb et Philippe Beaune, expert en pharmacogénétique et chef du service de biochimie à l’hôpital européen Georges Pompidou.

 

Le professeur Patrice Couzigou a présenté en introduction le parcours d’un médicament dans l’organisme et la complexité des interférences possibles avec l’alcool. Il rappelle que l’alcool est métabolisé à 90 % au niveau du foie (10 % par les poumons) et souligne le rôle de l’enzyme cytochrome P4502E1 (CYP2E1) qui, en présence d’alcool, produit des métabolites réactifs potentiellement toxiques. Le type de consommation d’alcool, aigüe ou chronique, ainsi que l’état du foie, jouent alors un rôle clé dans cette production. L’exemple du paracétamol montre qu’en présence d’une consommation importante d’alcool, une production de métabolites réactifs  toxiques peut aboutir à une hépatite médicamenteuse, voire une cirrhose.

 

Pour le professeur Philippe Beaune, les concentrations d’alcool dans le sang sont très importantes par rapport aux concentrations médicamenteuses et expliquent le grand nombre d’interactions potentielles, soit par induction avec des effets à moyen-long terme, soit inhibiteurs avec des actions à court terme. Les hôpitaux genevois distribuent d’ailleurs des tables d’interaction entre les différentes molécules médicamenteuses, l’alcool et le cytochrome P4502E1. Plusieurs médicaments voient leurs effets inhibés par l’alcool, comme par exemple certains antirétroviraux. D’autres voient leur mécanisme augmenté (induction) comme souligné dans le cas du paracétamol. Pour ce dernier, plusieurs effets sont observés chez les patients alcoolodépendants : l’induction du CYP2E1, la destruction d’autres cytochromes P50 qui va perturber qualitativement la métabolisation  des médicaments, une insuffisance hépatique et une capacité de défense amoindrie.

 

Parmi les autres substances non-médicamenteuses très fortement métabolisées par le cytochrome P45021, on trouve également des anesthésiques ou des substances comme le fréon. Les interactions très fortes peuvent déboucher sur des hépatites ; le cas d’ouvriers belges exposés au fréon est cité avec un taux d’hépatites de 100 % chez les personnes exposées. On observe enfin que l’éthanol augmente la quantité de cytochrome P450s dans le cerveau, ceux-ci jouant un rôle dans le métabolisme de certains neurotransmetteurs.

 

En conclusion, on remarque aussi qu’il existe assez peu d’études scientifiques sur les interactions entre alcool et médicaments. Une douzaine de molécules sont induites par l’alcool, huit sont inhibées et une dizaine ne présentent aucune interaction. Au-delà des avertissements de précaution portés sur les notices des médicaments, on ne dispose pas en réalité d’informations scientifiques vérifiées pour des milliers de molécules existantes. Ceci est sans doute dû en partie à la difficulté, notamment éthique, de conduire des études cliniques sur des médicaments avec consommation d’alcool.

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