LaCroix.fr : Une e-Cigarette au chanvre relance le débat sur le cannabis

Dans l’idée de traiter de la demande d’interdiction de KanaVape par le gouvernement, Marion Dautry a contacté le Dr William Lowenstein, Président de SOS Addictions pour obtenir son commentaire éclairé. Voici l’article publié sur lemonde.fr :

kanavape

La demande de gouvernement d’interdire de KanaVape, une « cigarette électronique au cannabis », illustre la sensibilité du débat sur le recours au chanvre en France.

« Je suis opposée à ce qu’un tel produit puisse être commercialisé en France », a déclaré la ministre de la Santé Marisol Touraine le 16 décembre sur RTL, immédiatement après l’annonce de la sortie en France de KanaVape, « la première cigarette électronique au cannabis 100 % légale ».

Une réaction presque instantanée à laquelle les fabricants ont opposé « l’inaction du gouvernement » contre « les risques liés au cannabis ».

DU « CANNABIS »… SANS CANNABIS

Les producteurs de cette vapoteuse, deux Français et un Tchèque, sont sûrs de la légalité de leur produit. En effet, et malgré son nom, la KanaVape n’est pas « au cannabis » à proprement parler.

Elle ne contient pas de THC, l’élément extrait de certaines variétés de chanvre qui produit un effet psychotique et qui est interdit en France – à l’exception de son utilisation dans la fabrication de deux médicaments, le Maribol et le Sativex, dont la prescription est fortement réglementée.

Le produit est à base d’un autre dérivé du chanvre, le cannabidiol (CBD), un anti-psychotique non-euphorisant.

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Cependant, c’est sur « l’incitation à la consommation de cannabis » que Marisol Touraine pourrait appuyer une demande d’interdiction. « On pourrait considérer que le nom et la communication autour du produit présentent le cannabis sous un jour favorable, ce qui est puni par la loi », analyse ainsi Francis Caballero, avocat et militant pour la légalisation du cannabis à usage récréatif. Le Code de la santé publique prévoit des peines de cinq ans de prison et 75 000 € d’amende.

KANAVAPE CHANGE DE DISCOURS

La société a fait évoluer sa communication pour répondre aux réactions. Ainsi, elle avait d’abord adopté un discours allant dans le sens des réclamations de patients et chercheurs concernant l’usage thérapeutique du cannabis.

Dans un communiqué de presse, ils présentaient ainsi leur vapoteuse comme « une solution alternative à la médecine traditionnelle, en se basant sur les effets thérapeutiques du cannabis sans psychotrope ».

Finalement, en conférence de presse, le fondateur de la société Antonin Cohen, cité par Le Monde, a assuré qu’il ne s’agit pas « d’un produit thérapeutique ».

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Les malades qui militent pour la légalisation du cannabis à usage médical regrettent ces fausses annonces et la publicité autour de cette vapoteuse. Cela « va desservir la cause du cannabis thérapeutique. Quand on ira voir les hommes politiques, on ne nous écoutera plus », déplore surL’Express.fr Fabienne Lopez, qui a consommé du cannabis pour faire face à un cancer du sein.

UN DÉBAT RÉCLAMÉ

Le produit aurait au moins eu le mérite de « relancer le débat, même si le produit en lui-même n’est qu’un coup de vent », selon le docteur William Lowenstein, addictologue et président de SOS addictions. « Il faut arrêter de crier au loup dès qu’on parle de cannabis », poursuit-il, réfutant l’argument de l’incitation à la consommation de stupéfiants. « Sinon, il faut interdire la bière sans alcool », assène-t-il.

À visiter : le site de l’association SOS addictions

Le Dr Lowenstein est loin d’encenser la KanaVape, qui « ressemble plus à un coup de communication qu’à un vrai travail de recherche ». Il y voit cependant la possibilité de « poursuivre notre réflexion scientifique – et non plus politique – sur les différentes molécules du chanvre et leurs possibilités thérapeutiques », écrit-il dans un billet de blog.

Marion Dautry

SOS AddictionsRead all author posts