Jean-Yves Nau : « Cancers et alcools : l’association Vin & Société est accusée de mentir. Se défendra-t-elle ? »

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1er août 2016. La France chauffe. Dans les vignes les raisins gonflent. Dans les villes les publicités incitent à boire des bières fraîches brassées dans d’improbables abbayes, des vodkas glacées à bon marché, des mojitos synthétiques pré-emballés. Alcools industriels comme s’il en pleuvait. La loi Evin est respectée, aucun avocat n’est demandé.

Soudain  une attaque. Elle se fonde sur étude qui vient d’être publiée dans la revue Addiction : “Alcohol consumption as a cause of cancer” – un travail signé Jennie Connor (Department of Preventive and Social Medicine, University of Otago, New Zealand). Résumé :

«  Il confirme de manière incontestable, sur la base d’une méta-analyse de grande ampleur, le lien entre consommation d’alcool et survenue du cancer pour sept localisations : oropharynx, larynx, œsophage, foie, côlon, rectum et sein. Cette étude confirme également que l’augmentation du risque de survenue du cancer est proportionnelle à la quantité consommée et qu’elle s’observe même chez les consommateurs à doses faibles et modérées.

« Par ailleurs, dans la même publication, les auteurs présentent les résultats d’une étude remarquable sur le plan scientifique (1 million de femmes suivies pendant 7 ans) qui indiquent qu’une consommation faible (70 à 140 g d’alcool par semaine, soit 7 à 14 consommations) augmente le risque de cancer du sein de 13 %. »

XRF9Fu8N Tronquer et tromper

Pour les responsables de l’Association Nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA) ces données scientifiques sont incontestables. Elles justifient, après d’autres, la nécessité  de mettre en place une « politique de réduction du risque alcool ». Une politique « fondée sur la connaissance et non sur le déni ou des informations tronquées et donc trompeuses ».

Et l’ANPAA de fondre sur lire sur le site de Vin & Société « lobby alcoolier » –site sur lequel elle lit :

« Un consensus existe sur les bénéfices d’une consommation modérée de vin sur la survenue du cancer colorectal et du cancer de l’œsophage », ou encore « des controverses existent sur les cancers…, des voies aéro-digestives supérieures excepté l’œsophage (l’effet serait bénéfique, neutre ou néfaste)…, mais aussi sur le cancer du sein (l’effet serait néfaste ou neutre pour les cancers hormono-dépendant, alors que d’autres publications indiquent un effet néfaste voire bénéfique pour les cancers du sein non-hormono-dépendants) ». »

 Matraquage publicitaire

Pour l’ANPAA « ces allégations totalement fausses sur le plan scientifique n’ont pour objectif que de minorer les dangers de l’alcool pour protéger des intérêts économiques au détriment de la vérité scientifique et de la santé de la population. » Et l’ANPAA de citer un travail international récent étudiant les vertus comparée d’une faible consommation et d’une abstinence quasi-totale :  “Do « Moderate » Drinkers Have Reduced Mortality Risk? A Systematic Review and Meta-Analysis of Alcohol Consumption and All-Cause Mortality.”

« Une politique de la prévention du cancer et de la réduction du risque lié à la consommation d’alcool doit reposer sur une information honnête du public et non sur des notions floues comme la modération qui n’ont pour autre objectif que de protéger les intérêts d’un lobby » conclut l’ANPAA. « Boire moins, c’est mieux » assure-t-elle. La formule est belle. Elle ne répond guère aux questions de ceux qui boivent plus que de raison. Elle ne dit rien, notamment, de l’impact sanitaire du matraquage publicitaire intensif poussant à la consommation massive de boissons alcooliques de fabrication industrielle. C’est pourtant bien là que la bât blesse.

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