Combattre les achats compulsifs

Woman and shopping bagsPeut-on parler de manque de volonté chez ces patients acheteurs compulsifs ?

Non

L’addiction ne peut en aucun cas être considérée comme un manque de volonté qui s’apparente à un jugement stigmatisant et très connoté négativement. L’addiction se définit par la perte de contrôle ou perte de liberté de s’abstenir. Il s’agit d’une maladie au même titre que le diabète ou l’hypertension artérielle et non un vice ou un manque de volonté.

Existe-t-il un traitement pour ces acheteurs compulsifs ?

Oui

Les thérapies cognitives et comportementales (TCC) qui ont largement prouvé leur efficacité dans la prise en charge des comportements addictifs sont appliquées avec une certaine efficacité aux addictions comportementales, en particulier dans le cadre des achats compulsifs. Il s’agit d’une forme de psychothérapie recommandée chez ces malades. Cette psychothérapie constitue le traitement de référence pour ces malades. En revanche, aucun traitement pharmacologique n’a prouvé son efficacité dans le domaine des achats compulsifs. Quelques études sur de petits échantillons de patients rapportent des résultats peu concluants concernant l’apport des antidépresseurs. A ce jour, la place du  traitement pharmacologique dans la prise en charge des achats compulsifs reste limitée aux traitements des comorbidités (essentiellement anxio-dépressives), et aucun traitement pharmacologique n’a été validé par les autorités de santé.

Existe-il des contre indications médicales à consulter ?

Non

Il n’existe pas de contre indication à une prise en charge médicale pour les acheteurs compulsifs. Les malades ne présentant pas de demande de soins, ou n’exprimant pas ou peu de motivation dans le désir d’arrêter ce comportement d’achat pourront être reçus en consultation. La famille ou les proches pourront assister à la consultation et être associés à la prise en charge.

Toute personne exprimant une perte de contrôle et une souffrance en rapport avec un comportement d’achats devra consulter. Des patients dont l’activité d’achats a entrainé d’importantes pertes financières et dettes, a occasionné un licenciement ou des conflits avec l’entourage, ou favorisé l’appariation d’un syndrome anxiodépressif devront consulter.

Comment devient-on dépendant aux achats?

L’acheteur compulsif est plus intéressé par la situation d’achat et non l’objet en lui en lui-même (à la différence du collectionneur). C’est le moment de l’achat qui est source de plaisir. Le plaisir est présent dans un premier temps et donne envie de renouveler l’expérience. Les patients addicts parlent de lune de miel avec leur substance ou leur comportement. Ils découvrent un produit ou un comportement qui apaise leurs angoisses et leur mal-être. Les effets des premiers achats laissent présager un risque de dépendance en cas de plaisir particulièrement fort. On ne devient dépendant que de ce qui nous fait plaisir. Les accros au shopping multiplient et répètent ce comportement d’achat, c’est dans cette activité qu’ils éprouvent du plaisir qu’aucune autre ne leur procure. Tous les moyens sont bons pour acheter.  Peu à peu, ils perdent le contrôle et leur liberté. C’est le glissement du plaisir vers la dépendance.

 Dr Aymeric PETIT (Psychiatre/Psychothérapeute/Addictologue)

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