Cigarette électronique : appel britannique solennel pour son utilisation contre le tabagisme

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28 avril: événement médical et politique avec la publication du rapport duCollège royal des médecins britanniques , rapport disponible ici : « Nicotine without smoke: tobacco harm reduction » (« La nicotine sans la fumée: la réduction des méfaits du tabac »). Une information majeure, encore ignorée par les médias généralistes français mais aussitôt reprise par The New York Times :: Smokers Urged to Switch to E-Cigarettes by British Medical Group(Sabrina Tevernise)

(« La nicotine sans la fumée: la réduction des méfaits du tabac »). « Collège royal des médecins britannique » ? Une institution qui fêtera bientôt son demi-siècle, sans équivalent en France ; un rôle à mi-chemin entre l’Ordre des médecins et l’Académie nationale de médecine à cette nuance pragmatique près qu’elle est résolument tournée vers les progrès de la médecine.

Fumeurs encouragés

Or voici que ce prestigieux Collège conclut que la cigarette électronique peut être bénéfique pour la santé publique ; que les  fumeurs peuvent donc être rassurés et encouragés à l’utiliser. Vérité outre-Manche, erreur en deçà ? Depuis que l’e-cigarette est disponible au Royaume-Uni, en 2007, son utilisation a été entourée de controverse médicale et publique. Ce nouveau rapport de deux cents pages examine la science, la politique publique, la réglementation et l’éthique entourant l’e-cigarette et d’autres sources de nicotine sans tabac, et aborde ces controverses et ces malentendus avec des conclusions fondées sur les dernières données disponibles. Chacune de ces conclusions est un message sanitaire doublé d’un message politique :

. La cigarette électronique n’est pas une passerelle vers le tabagisme : au Royaume-Uni, l’utilisation de l’e-cigarette est  presque entièrement limitée à ceux qui utilisent déjà, ou ont utilisé, le tabac ;

. La cigarette électronique n’induit pas une normalisation du tabagisme : il n’y a aucune preuve que la thérapie nicotinique de substitution (TNS) ou l’utilisation de l’e-cigarette ait donné lieu à une « renormalisation » du tabagisme. Aucun de ces produits n’a à ce jour attiré de façon significative les adultes n’ayant jamais fumé, ou n’a démontré de signes de progression vers le tabagisme chez les jeunes.

. Chez les fumeurs le recours à la cigarette électronique est susceptible de mener à une tentative d’arrêt du tabac qui ne se serait pas autrement produite – et, chez certains de ces fumeurs, à un sevrage réussi. A ce titre  la cigarette électronique peut agir comme porte de sortie du tabagisme.

Défenseurs du vapotage

Ce rapport entre pleinement en résonance avec celui de « Public Health England » publié en août 2015 : « E-cigarettes: an evidence update A report commissioned by Public Health England » – rapport dont on peut trouver ici une synthèse au titre éloquent« E-cigarettes: a new foundation for evidence-based policy and practice ».

Et en France ? « Ce rapport vient, fort heureusement, confirmer que ce que nous disons à quelques-uns depuis longtemps de ce côté-ci de la Manche, nous ont déclaré Jean-Pierre Couteron, président de la Fédération Addiction et le Dr William Lowenstein, président de SOS Addictions. La cigarette électronique et le vapotage doivent être défendus, aidés et soutenus. Ils illustrent ce qu’est une politique de Réduction des Risques, cette capacité à accepter de ne pas résoudre le problème de l’addiction d’un coup d’un seul comme on terrasserait le dragon du mal, mais pas à pas, touche après touche, en aidant la personne à faire des pas de côté. »

Ces deux spécialistes du traitement des addictions précisent que ceci a un nom : « Cela se nomme l’auto-support, cela échappe aux médecinsmédecinant, aux thérapeutes thérapants, à ces professionnels de la profession qui veulent que tout le monde emprunte le même chemin, ne trouve que la même issue libératrice. »

Marisol Touraine et le Sommet de la vape

La prochaine étape du chemin collectif est connue : ce sera le « 1er Sommet de la vape. Politique de santé et cigarette électronique  » qui se tiendra le 9 mai à Paris, au Conservatoire National des Arts et Métiers. Des scientifiques, des politiques et des responsables associatifs se réuniront pour entendre la voix des utilisateurs. Il n’est pas interdit d’espérer y croiser Marisol Touraine, ministre de la  Santé.

Dans l’attente, le 2 mai prochain les journalistes sont invités au lancement d’un numéro spécial du Lancet  intitulé « France : de la sécurité sociale à la santé globale ». Richard Horton, rédacteur en chef  de la célèbre  revue scientifique médicale britannique sera l’invité de Marisol Touraine, en son ministère. On y interrogera, à partir de 17 h « la contribution du système de santé français à l’avènement d’une couverture sociale universelle ».

Peut-être se trouvera-t-il alors quelques invités pour se saisir de l’actualité et oser interroger la ministre de la Santé. L’interroger  sur son silence quant aux enseignements britanniques sur la cigarette électronique. Silence durable, silence pesant, silence désormais inacceptable

Jean-Yves NAURead all author posts