A lire dans lequotidiendumedecin.fr : « Football : et le vainqueur de la Coupe du monde est… l’alcool ! »

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1402503805529206_IMG_131536_HR« Quel que soit le pays qui soulèvera le trophée de la Coupe du monde le 13 juillet, le vrai vainqueur sera l’industrie de l’alcool », écrit le journaliste indépendant britannique Jonathan Gornall, dans un article publié dans le « British MedicalJournal » (BMJ).

L’auteur part d’un épiphénomène britannique – le retournement de veste des autorités, qui en trois mois se sont laissées convaincre d’ouvrir les pubs plus longtemps pendant la Coupe du monde au Brésil – pour mettre en lumière les liens qui unissent alcool et football. Au Royaume-Uni, d’abord, seulement 2 des 20 clubs de première ligue ne sont pas sponsorisés par l’industrie de l’alcool. Manchester United n’a pas moins de 3 supporteurs financiers issus des secteurs de la bière, du vin, et des spiritueux.

Mais cela n’est rien comparé au lobbying de cette industrie à l’échelle mondiale.

Selon Jonathan Gornall, « la Fédération internationale de football (FIFA) possède un long passif consistant à soutenir les intérêts financiers de ses partenaires, notamment Budweiser, le sponsor officiel du tournoi pour la bière, tout en imposant des conditions extrêmes aux gouvernements à travers le monde ». Parmi ces conditions, la plus controversée est la levée de taxes sur les profits réalisés par les partenaires commerciaux pendant l’événement, à laquelle s’est pliée l’Afrique du Sud en 2010. Le manque à perdre s’élève à 312 millions de livres (386 millions d’euros) pour le Brésil, pourtant en proie à la pauvreté.

Une autre consiste à faire pression sur l’État brésilien pour qu’il change ses règles sur l’alcool, en autorisant les supporteurs à boire de la bière dans les stades. En mai, Budweiser et Coca-Cola, autre membre de la famille de la FIFA, ont aussi convaincu le Brésil de reporter leurs projets d’augmentation des taxes (de 2,25 %) sur la bière ou autre boisson après le tournoi. La puissance de ces lobbies est telle, insiste le journaliste, qu’ils sont parvenus à influencer le Qatar, pays musulman strict, pour qu’il accepte de vendre de l’alcool dans certaines zones en 2022.

Santé publique : la grande perdante

Une fois le Mondial passé, que restera-t-il ? En Afrique du Sud, c’est un combat incessant pour entretenir les stades construits pour la Coupe du monde de 2010, répond Jonathan Gornall. Mais la grande perdante est souvent la santé publique, avec, par exemple, une augmentation de 37,5 % des agressions, souvent associées à la consommation de l’alcool, dans les services des urgences britanniques en 2010, les jours où l’Angleterre jouait.

Au Brésil, les experts craignent un retour aux jours sombres où la violence envahissait les stades et scindait les spectateurs en clans rivaux.

Pourtant, le divorce entre alcool et foot est possible, comme le montre l’exemple français avec la loi Évin de 1991, estime le journaliste. Malgré l’interdiction des sponsors issus de l’industrie de l’alcool, ou du tabac,« le sport semble survivre, avec de nouveaux sponsors », écrit Jonathan Gornall, en réponse aux partisans des lobbies.

Coline Garré

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