20minutes.fr : Dépendance au porno, quand le cybersexe devient une drogue dure

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SEXUALITE Certains patients ne peuvent passer une journée sans se masturber plusieurs fois en visionnant des films sur Internet…
Un article sélectionné par Laurent Karila et à retrouver sur 20minutes.fr

Ils sont tantôt « accros », « addicts », « nymphos », « maniaques », « hypersexuels », ou plus sobrement« dépendants sexuels ». La médecine peine encore à s’accorder sur l’appellation des adeptes du clavier-Kleenex, pour qui les images de sexe sont une obsession, voire une addiction. Deux scientifiques américains ont pourtant récemment décrété qu’il n’était « pas approprié » d’utiliser ce dernier terme concernant le porno. Selon leur étude, ceux qui se décrivent comme « addicts » peuvent avoir des problèmes résultant de leurs habitudes de vie mais d’un point de vue neurologique, la pornographie n’agit pas sur le cerveau comme le tabac, la drogue, ou le jeu. Voilà pour le cours de neurobiochimie.

Porno dépendance: Les conseils d’un ancien addict pour d’en sortir

Passées ces considérations scientifiques, le constat est pourtant là : avec Internet, l’accès libre au cybersexe, « beaucoup de personnes souffrent de cette dépendance et n’arrivent pas à s’en sortir », affirme Florent Badou*, auteur d’Avant j’étais dépendant au porno, à paraître le 16 septembre. Les cellules d’aide psychologique ou thérapeutique se développent donc depuis quelques années pour épauler ceux qui « perdent le contrôle », à la manière du héros du film Don Jon, ce porno dépendant qui visionne du X jusque sur les bancs la fac.

Le porno dépendant « utilise un support pour ne pas souffrir »

« Je vois des hommes qui se masturbent pendant 24 heures, 48 heures, 72 heures, et même 96 heures d’affilée », embraye le psychiatre Laurent Karila, porte-parole de SOS Addictions qui a accueilli plus de 300 patients ces trois dernières années à l’hôpital Paul Brousse. « C’est une consommation répétée, on ne pense plus qu’au porno. Il y a un phénomène de tolérance alors on augmente les doses. On est sur des schémas similaires aux autres addictions. » A la longue, ces hommes en détresse n’éjaculent même plus. L’éjaculation n’est pas une finalité. La notion de plaisir sexuel leur est aussi étrangère. Le porno dépendant « utilise un support pour ne pas souffrir. » Sa thérapie consiste d’ailleurs à réapprendre à avoir du plaisir.

Impossible pourtant de dresser un portrait-robot des patients : « C’est monsieur-tout-le-monde, voire madame-tout-le-monde depuis un ou deux ans, poursuit le spécialiste. Quelqu’un qui a Internet et ne consomme pas forcément de drogues. On peut retrouver associés à cela des problèmes de dépression. » Le fait d’être en couple n’est pas une protection puisque 80 % des « malades » ont un conjoint. Dans 75 % des cas, c’est le partenaire qui est à l’origine de la consultation, généralement alerté par l’historique Internet de l’ordinateur familial.

« J’ai gaspillé près de vingt années de ma vie au lieu de construire une histoire »

Les conséquences sociales, amoureuses, d’une telle obsession sont souvent désastreuses. « Mes temps libres, je les ai passés sur les sites pornos jusqu’à 35 ans, âge où j’ai rencontré ma femme. J’ai donc gaspillé près de 20 années de ma vie au lieu de construire une histoire », témoigne Jack dans le livre de Florent Badou. Chez d’autres encore, cela peut avoir des conséquences professionnelles : « J’étais en réunion téléphonique avec des financiers, une réunion absolument vitale pour ma société. Pourtant, je n’avais qu’une envie : raccrocher pour visionner un porno. J’ai d’ailleurs fini par écourter la conversation… » Loin d’eux pourtant l’idée de diaboliser la pornographie. Malades et médecins en conviennent ; seule une consommation abusive entraîne des dérives.

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