SOS ADDICTIONS présentée dans le magazine « Complément d’enquête » (France 2) le 20 février 2014

Comp Enq WL 4Extrait du magazine de France 2 « Complément d’enquête » – 20 février 2014 – Présenté par Benoît Duquesne

Le pouvoir d’informer, le devoir de protéger

B.D. – Le pouvoir d’informer, le devoir de protéger !

Vous avez l’impression qu’on ne protège pas assez en France ? Que sur l’addiction on n’a pas le discours qu’il faut ?

W.L. – En tous cas, pas suffisamment d’informations et pas suffisamment d’actions.

B.D. – Donc sur ce lien éventuel entre le cannabis et la schizophrénie, les problèmes mentaux et le développement du quotient intellectuel, etc., est-ce qu’il est maintenant avéré ?

W.L. – Maintenant, oui ! Très longtemps, les études ont été divergentes voire contradictoires ; maintenant c’est plus clair, on sait que sur certain cerveaux vulnérables, parfois chez l’adulte déjà atteint d’une maladie mentale, mais surtout chez l’adolescent avec ce cerveau en formation, nous allons avoir une possibilité de précipiter une maladie mentale. Ça ne veut pas dire que tout le monde sera concerné.

 « Si vraiment notre pays pouvait se dire  “mieux vaut tard que trop tôt” »

 

Comp Enq WL 1

 

B.D. – C’est une maladie que l’on aurait développée quoi qu’il arrive, peut-être plus tard ? Parce qu’on explique que le cerveau évolue encore beaucoup à l’adolescence ?

W.L. – C’est l’organe qui met le plus de temps à arriver à maturation, il faut attendre 25 ans pour que notre cerveau soit formé. Donc, quand il y a une substance comme le cannabis ou l’alcool qui vient frapper pendant cette formation, ce qui n’a pas été sculpté pendant cette période d’apprentissage ne le sera plus jamais.

Sur la schizophrénie, soyons clairs, il y a 14 millions de Français entre 11 ans et 75 ans qui ont déjà fumé. Ce ne sont pas 14 millions de schizophrènes, même si certains se prennent pour le sélectionneur de l’équipe de France ou le Président de la République, mais ce sont des personnes qui, comme des allergiques, sont plus fragiles que d’autres, d’où l’importance des consultations de repérage, des consultations jeunes consommateurs, de ces consultations qui vont dire : «  Attention, pour vous, c’est dangereux. »

B.D. – C’est quoi la limite ?

WL – Si vraiment notre pays pouvait se dire « mieux vaut jamais », ca été dit et on en connaît les limites, mais surtout si on pouvait se dire « mieux vaut tard que trop tôt » ; 17-18 ans c’est déjà très jeune, or on voit que les usages sont en train de glisser vers la 4e, vers la 5e, c’est à dire vers 12-13 ans. C’est beaucoup trop jeune.

« On a les adolescents les plus drogués d’Europe malgré notre politique de prohibition »

B.D. – On est champions d’Europe ?

W.L. – On a les adolescents les plus drogués d’Europe, malgré notre politique de prohibition.

B.D. – Pour être très clair, fumer du cannabis très tôt, cela veut dire déscolariser, avoir des mauvais résultats scolaires, désocialiser, etc. Ç’en est l’effet immédiat et ça peut déclencher plus tard des maladies mentales ?

W.L. – Mais pas pour tous, comme pour l’allergie. Donc, c’est ce repérage, ces consultations jeunes consommateurs qui sont promus par la MILDT (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), par la DGS (Direction générale de la santé), par la Fédération des addictions et par SOS Addictions. L’Allemagne n’a pas changé la loi, elle a fait du sanitaire, elle a dit : « Attention, c’est dangereux pour vous » et elle obtient des résultats nettement meilleurs que les nôtres.

B.D. – Nous, on ne le fait pas ? Pourquoi, parce que le cannabis est interdit, et qu’on ne peut pas avoir de vrai discours ?

W.L. – Exactement, il n’y a pas eu de discours clair, on a pensé que la loi avec son interdiction allait tout faire ou presque. On a la loi la plus répressive d’Europe, mais on a les adolescents les plus drogués d’Europe, et ça ne nous a pas protégés du point de vue de l’insécurité. C’est plus facile de trouver une Kalachnikov qu’un centre de soins à l’heure actuelle, hélas ! Cette loi est stupide : mettre quelqu’un en prison, le menacer d’incarcération parce qu’il fume, au XXIe siècle ??

B.D. – On ne légalise pas, mais on porte les efforts sur la protection ?

Comp Enq WL 2W.L. – Il faut protéger les plus vulnérables en retardant l’âge du premier usage, je le dis et redis.

B.D. – Vous avez fumé, vous ?

 W.L. – Cette question a été posée à Manuel Valls. Il a bafouillé délicieusement. Ça montre l’immaturité de notre société. Il est impossible de répondre. Si je dis oui… on ne va retenir que cela.

 B.D. – Il faut toujours ensuite s’exonérer…

 

W.L. – Ça prouve le chemin qu’il reste à faire sur l’authenticité et la liberté. Avec la loi actuelle, ce n’est pas possible. Je vous répondrai quand il y aura une Agence nationale de recherche en addictologie et un Conseil national d’éthique.

 

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