Colloque Acteurs de soins et alcool : pourquoi et comment intervenir ? (JIM.fr)

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Le 25 septembre à Paris a eu lieu un colloque pour « Reconsidérer notre regard sur la consommation d’alcool« . Cette soirée a réuni des professionnels de santé, essentiellement des pharmaciens et quelques médecins, à l’initiative de trois associations, le CVAO (Comité pour la Valorisation de l’Acte Officinal), Pharm’Addict et SOS Addictions et grâce au soutien de la MILDECA (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives).

SOS Addiction est engagée pour donner aux addictions la place qu’elles méritent en santé publique. Une place occultée alors que « les addictions à l’alcool et au tabac sont responsables de 130 000 morts par an soit 40 fois plus que la sécurité routière« , une réalité rappelée par l’addictologue William Lowenstein en introduction. Concernant l’alcool, c’est 49 000 morts et de multiples dommages qui pourraient être évités grâce à la démarche de la réduction des risques (RDR). Le Dr Lowenstein l’affirme dans une belle formule: « Au 21e siècle, fini le dogme de l’abstinence totale efficace pour 5 % des patients et place à la RDR qui permet de réduire les consommations inappropriées d’alcool. Il faut adopter un pragmatisme qui marche et abandonner une exigence qui ne marchait pas « . Pharm’addict est une association qui fédèrent les pharmaciens sensibles à ces problématiques et le CVAO est engagé dans une démarche qualité des dispensations à l’officine.

Lever les réticences à l’intervention brève

Bien que l’intervention brève ait été au départ élaborée pour les médecins généralistes, elle peut être appliquée, en la simplifiant, par tous les professionnels de santé dont les pharmaciens. Le Dr Philippe Batel, psychiatre addictologue, insiste sur son efficacité pour lever les freins à sa mise en pratique : « il ne faut pas avoir peur d’être intrusif, les patients sont en demande et de multiples études randomisées montrent un réel impact de cette intervention sur les comportements des sujets ». Et il égrène de multiples arguments pour motiver chacun à se lancer : « quel que soit le mode de consommation, les dommages s’observent au delà de 14 verres d’alcool par semaine pour une femme, ou 21 pour un homme, et rien que le fait de questionner les gens ou de les faire évaluer eux mêmes leur consommation permet de la réduire » Pour lui, le pharmacien est légitime pour informer les patients sur des sujets mal connus des médecins eux mêmes comme : «une femme qui passe de 6 à 3 verres par jour réduit son risque de développer un cancer du sein par 3 ; la plupart des HTA dite idiopathique sont liées à une consommations inappropriée d’alcool. La majorité des résistances aux traitements antidépresseurs (de l’ordre de 20%) ont  pour cause une consommation  inappropriée d’alcool, en particulier avec les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, par antagonisme. Des symptômes aussi banaux que l’insomnie, des hémorroïdes peuvent être le point de départ à une interrogation ou une auto-évaluation ».

Des protocoles adaptés à des situations pratiques

Le CVAO s’est attaché avec Pharm’addict à réfléchir sur des protocoles applicables dans des situations réelles à l’officine. Deux protocoles ont été présentées par Jean Michel Mrosvoski, président du CVAO, et Stéphane Robinet de Pharm’addict, dont la délivrance peut être faite lors de l’achat d’un test de grossesse ou d’ovulation et lors de la dispensation d’une ordonnance. Il peut suffire de pointer l’incompatibilité entre alcool et grossesse quel que soit son stade pour inciter une partie des 20 % de femmes qui ne changent pas de comportement à l’annonce d’une grossesse à  le faire. Et surtout « ne pas le faire serait assimilable à de la non assistance à personne en danger » insistent de concert les Drs Lowenstein et Batel.

Un article proposé par Marjolaine Labertonière sur le site JIM.fr

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